Anissa Bouchilaoun, conseillère conjugale et familiale au sein de l’association EPE13 (Ecole des parents et des éducateurs) anime des ateliers sur la prévention contraceptive dans les quartiers Nord de Marseille.
Anissa Bouchilaoun : J’anime deux ateliers différents, un qui s’adresse à des adolescentes et un autre à des femmes plus âgées. J’interviens à leur demande, c’est très important car le volontariat, fait partie du processus d’intervention, et le message passera d’autant mieux qu’elles font le choix d’y assister ou pas. Je n’impose rien car savoir dire non, même à un atelier, c’est aussi savoir s’affirmer. Et toute ma démarche sociale va en ce sens : l’affirmation de soi.
- Même si ces femmes sont en demande, quelles difficultés rencontrez-vous ?
A. B. : Bien sûr, j’interviens auprès de femmes des quartiers Nord, pour la plupart issues de l’immigration, des Africaines, des Comoriennes, des gitanes… Il faut affronter les croyances de chacune, les idées préconçues aussi. L’association offre l’accès à l’information, et c’est primordial car dans leur tête, cela signifie "j’accède à être de cette société, je ne suis plus une simple étrangère".
Au quotidien, les mères, qui ont la charge de l’éducation des enfants, et des filles surtout, privilégient le : "Tu ne t’informes pas, donc tu ne pratiqueras pas". Au contraire, une jeune femme bien informée, démarrera sa sexualité beaucoup plus tard que les autres.
- Comment faites vous passer votre message ?
A. B. : Je commence par les écouter, j’attends qu’elles me disent ce qu’elles sont venues chercher dans mon atelier, quelle réponse, à quelle question. Je les laisse s’exprimer. Les jeunes filles, par exemple parlent "d’une amie", "d’une tante", pour ne pas se citer elle-même. Ca leur permet de ne pas se mettre à nu directement, c’est aussi pour ça que je ne déballe pas tout "mon matériel", ou que j'attends pour montrer des photos. Le but n’est pas de choquer, mais de faire passer un message.
Le dialogue s’installe petit à petit. Parfois on part de très loin, certaines ne savent pas ce qu’est une verge par exemple. Quand on a éclairci toutes les zones d’ombres, alors on peut commencer à aborder les différents moyens de contraceptions, des plus connus comme le préservatif ou la pilule, mais aussi des méthodes alternatives comme les spermicides, le patch ou encore l’allaitement. Je dédramatise le tout, en leur disant que parler de sexualité, c’est avant tout, parler de la vie.
- Vous intervenez auprès des jeunes filles, mais la sexualité se vit à deux, quelle est la place des garçons dans vos ateliers ?
A. B. : Malheureusement aucune. J’interviens dans des lieux de réinsertion et parfois, les garçons essaient de s’immiscer dans les ateliers de prévention. Ils me demandent, rigolards : "Si je mets un foulard ou si je me fais des tresses, je peux rester ?". Ils sont curieux et veulent savoir ce qui est raconté aux filles dans leur dos. Ils sont demandeurs et il va falloir penser à créer des groupes de rencontres pour eux. C’est déjà le cas dans certaines écoles. La mixité des groupes pourquoi pas, mais je ne sais pas si les filles pourraient se livrer autant avec la présence des garçons.
Propos recueillis par Samantha ROUCHARD
Publié le 28 janvier 2011 sur site web LaProvence.com
Lien : http://www.laprovence.com/article/web/parler-sexualite-cest-parler-de-la-vie-1