Le Théâtre du Centaure est un collectif implanté à Marseille depuis 1995, en pleine Campagne Pastré. Camille et Manolo, fondateurs et interprètes « centaures » ont cherché à faire fusionner l’être humain et le cheval dans une communion poétique pour révéler au mieux le rapport de l’Homme au monde. C’est dans le cadre du Festival de danse et des arts multiples de Marseille, qu’ils présentent Flux, sorte de déambulation poétique, visuelle et sonore.
Flux est la concrétisation d’un projet amorcé en 2006. Il symbolise « un ensemble d’éléments évoluant dans un sens commun». Le sang dans les veines autant que le flux migratoire ou encore le flux monétaire, un mouvement continu qui lie les Hommes au monde. Le choix du Centaure, personnage hybride et mythologique qui permet de « retrouver l’autre en soi » selon Manolo, donne force à ce mouvement et à ce lien. Le Spectacle se nomme pour l’occasion Flux 43°/5°, latitude et longitude du Théâtre du Centaure.
Flux c’est avant tout un parcours nocturne qui vient chercher le spectateur à l’extérieur du chapiteau, la nuit tombant. Un casque est distribué à chacun, il diffuse des phrases en différentes langues sur une musique de violons lancinants, comme un murmure à l’oreille du spectateur qui est ensuite guidé à pas lent vers le chapiteau. Le sens des mots reste insaisissable pour la plupart, mais son lyrisme est compréhensible par chacun. Le corps et les sens sont en mouvement, le flux commence là.
Les flux s’écoulent mais ne se ressemblent pas
A peine le temps de ce remettre de ce moment de poésie que le spectateur est dirigé hors du chapiteau pour rejoindre le manège où l’attend un autre film. La scène se déroule en Turquie, où notre femme centaure semble monnayer son corps hybride auprès d’un client du nom de Kemal. La scène est plutôt déroutante, et l’imaginaire s’en trouve perturbé… Manolo entre alors sur la piste en gesticulant et en hurlant des mots en anglais appartenant au chant lexical boursier. La lumière est violente, la voix de Manolo est irritante est son long soliloque de trader survolté est sur-joué et plonge le spectateur dans un ennui total. C’était le flux monétaire ! Aussitôt fini, le public est reconduit sous le chapiteau où une lumière tamisée éclaire un lit maculé dressé en place et lieu du réverbère. Les centaures miment une parade amoureuse, ils s’allongent sur les draps blancs et entrainent leurs corps dans une danse sensuelle, les flux se mélangent alors.
Une poésie gâchée
Tout est fait dès le départ pour que le spectateur s’imprègne de la poésie de l’instant. On le guide, on le tient par la main et au moment où il commence à le toucher du doigt, vlan on rallume la lumière ! Trois changements de lieu pour une heure de spectacle, c’est se mettre en danger, celui de voir le spectateur lâcher prise. Et cela se produit lors du deuxième volet qui déconcerte totalement le spectateur. Le monologue de Manolo est désagréable à l’oreille et ne fait même pas sourire. Il vient rompre non seulement une unité de lieu mais aussi une unité d’action. Du coup, pour la dernière séquence, qui elle est en continuité avec la première, le spectateur est déconcentré. Son flux intérieur est perturbé et il n’apprécie pas, à sa juste valeur, la scène finale pourtant sublime. L’émotion est stoppée dans son élan. Si la scène du trader se situait en ouverture ça permettrait à l’émotion d’aller crescendo et au spectateur de profiter d’un réel moment de poésie. Au lieu de ça, le spectacle est gâché par son propre manque… de fluidité !
Par Samantha ROUCHARD
copyright photos F.Cheuhu
Publié en Juillet 2011 sur La Revue Marseillaise du Théâtre
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