Massacre à la tronçonneuse

Scions, scions du bois… Alors que Marseille est dans le top « 10 » des villes de France les plus polluées aux particules, ses espaces verts disparaissent sous le béton…

Place de Lenche (Marseille 2ème) un dimanche après-midi en plein cagnard, les touristes s’amassent sous les quelques parasols venus, depuis juin, remplacer les neuf arbres - dont un centenaire - qui ombrageaient la place. «  Ça faisait un moment que les commerçants appelaient pour prévenir qu’un arbre menaçait de tomber sans que personne de la mairie ne se déplace. Finalement, à cause du mistral, il est tombé et pour un arbre dangereux, ils les ont tous abattus !  », précise Emilie Kassentini, habitante du quartier. Elle est à l’origine du Collectif des arbres de la place de Lenche qui s’est créé dans la foulée.
Pour calmer le jeu, la mairie a octroyé une aide pour l’achat de bâches et a exonéré les commerçants de droits de terrasse. De nouveaux arbres sont promis pour fin novembre… « Il n’y a pas de véritable conscience écologique, on a l’impression que les arbres ne sont que du mobilier urbain interchangeable  », rajoute Emilie Kassentini. Michèle Poncet-Ramade, présidente du groupe Europe écologie les Verts au conseil municipal, a dénoncé «  un massacre à la tronçonneuse  » et demandé des explications à Anne-Laure Caradec , adjointe UMP en charge des espaces verts, dans une lettre restée sans réponse, comme notre demande d’interview réitérée trois fois.
Feuille, ciseau, caillou
Le « livre noir » publié par le collectif Laisse Béton, qui regroupe plusieurs associations luttant contre le bétonnage à Marseille, liste de façon non exhaustive les espaces verts menacés : le jardin Michel Lévy (6ème), les grands pins de la porte d’Aix (2ème), l’espace Corderie (7ème), le Roucas Blanc (7ème), les arbres centenaires du quartier de la Soude (8ème), le parc de la bastide La Denise (11ème), le parc Chanterelle (1er), un tiers du parc Longchamp (4ème)… Des parcelles vendues par la ville à des promoteurs comme Eiffage, Vinci, Nexity qui comptent bien y construire des immeubles, des villas, des parkings, etc.
Laurette Le Merre est trésorière de l’association pour la protection du site arboré de Chanterelle (1er) : « On a fait appel [ndlr  : suite au rejet en mars dernier du recours contentieux déposé auprès du tribunal administratif de Marseille en août 2012] car les engagements pris par la municipalité lorsqu’elle a acheté ce terrain en 2004 - garder un maximum d’espaces verts et des constructions destinées à l’intérêt collectif - n’ont pas été respectés.  » Même si, suite aux recommandations de l’architecte de France, les promoteurs, Eiffage immobilier et la Caisse des dépôts, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, de gros immeubles sont toujours programmés dans ce qui aurait dû être initialement un poumon vert !
Ville au bord de l’asphyxie
Un palmarès des « villes vertes »de L’Express, classait déjà en 2009 Marseille au dernier rang des 20 plus grandes villes françaises concernant la superficie des espaces verts urbains avec 7,6 m2 par habitant (contre 68 m2 pour Strasbourg). Pour Christian Pellicani (PCF), conseiller municipal « rouge » tendance « vert », ça n’a pas évolué dans le bon sens : «  Il n’y a aucune création d’espaces verts dans le plan local d’urbanisme. La mairie se contente de dire qu’avec le parc national des Calanques, le Massif de la Nerthe et le Massif de l’Etoile, Marseille affiche un taux d’espaces verts important. Mais en terme d’écologie urbaine, on va plutôt vers une minéralisation. Il n’y a qu’à voir le Vieux Port !  »
Pour Michèle Poncet-Ramade, «  on perd nos espaces publics, Marseille devrait avoir 400 squares au moins !  ». Pour l’heure, la plupart sont fermés ou peu entretenus. Dans le budget primitif 2013 de la Ville, les espaces verts sont noyés dans la rubrique « environnement » dont le budget alloué arrive en avant-dernière position avec 80,5 millions d’euros. «  Peu de moyens humains sont donnés aux espaces verts », déplore Christian Pellicani. Le parc Longchamp n’est pas épargné. Passé la restauration de sa fontaine, de ses « fabriques » et des cages de l’ancien zoo, c’est la bérézina : herbe calcinée, déjections canines et poubelles qui débordent. Les animaux - heureusement factices - du Funny Zoo sont étêtés, éventrés ou amputés. Un gardien nous explique qu’ils travaillent par équipe de cinq mais que la nuit personne ne surveille le parc  : «  Il y a une caméra, je crois, mais elle ne couvre pas toute la superficie !  » Le futur parking souterrain de plus de 500 places - dont la construction nécessitera d’abattre de nombreux arbres - sera probablement mieux protégé ! «  Pour l’instant, le dossier est bloqué mais nous restons vigilants car cet été un arbre a été abattu, déplore Marie-Ange Andreï de SOS Longchamp. Voyez celui-ci cerclé de vert, il va l’être aussi !  »
Samantha Rouchard

Ca commencerait pas à sentir la merde ?

Dans le Var, que ce soit les déchets du BTP - avec les décharges illégales - ou les déchets ménagers - avec l’omnipotent Pizzorno -, le vent semble tourner pour les ordures…

«  Je détiens les preuves filmées que l’entreprise de travaux publics Christophe Massena […] a pollué le massif classé du cap Sicié en y déversant des milliers de mètres cubes de gravats.  » En juillet 2009, lors du conseil municipal de Six Fours, Erik Tamburi (UDI), élu d’opposition avait ainsi interpellé le député-maire Jean-Sébastien Vialatte (UMP) qui au lieu de répondre l’avait fait expulser par les forces de l’ordre. « Un maire qui n’a rien à se reprocher prend la vidéo et la regarde !, commente aujourd’hui Erik Tamburi. Je lui apporte la preuve filmée
-  chose rare - d’un camion en train de polluer avec des déchets publics. Il avait le pain et le couteau pour attaquer pour tromperie et il n’a rien fait ! 
 » La vidéo montre un camion du BTP déchargeant une colonne de l’ancienne passerelle de la mairie en pleine zone classée. Un flagrant délit d’infraction au code de l’urbanisme, code de l’environnement mais aussi un abus de confiance pour n’importe quel maire soucieux des deniers publics...
«  Théoriquement les mairies doivent attaquer ! Mais en réalité, ils font souvent preuve d’indulgence envers les entreprises. Car il est bien évident qu’une entreprise qui a un volume important de déchets à éliminer peut vraiment être la moins-disante si elle sait que les élus et l’administration vont lui permettre de s’en débarrasser au moindre prix  », explique sans équivoque Ramon Lopez, président de l’UDVN 83 (l’Union départementale pour la sauvegarde de la vie, de la nature et de l’environnement). Quatre ans après, l’affaire vient d’aboutir enfin à la mise en examen en juillet dernier, de Christophe Massena, entrepreneur majoritairement vainqueur des marchés publics six-fournais… Mais le problème des décharges illégales est loin d’être réglé puisqu’on en dénombre environ une quarantaine dans le Var qui sont rarement inquiétées. «  Le problème en matière de déchets inertes c’est qu’à partir du moment où une administration un peu trop complaisante a délivré des autorisations de défrichement n’importe où et que des élus ne s’opposent pas à des déclarations de travaux entièrement bidons, la justice est bien obligée de travailler avec ça  », explique Ramon Lopez.
Les temps changent…
En juin dernier, Bruno Aycard, maire UMP de Belgentier a été condamné par le tribunal de Toulon à 10 000 euros (70 000 étaient requis) d’amende concernant une parcelle lui appartenant, située en zone Natura 2000.Le maire avait reçu toutes les autorisations pour une soit disant oliveraie qui comportait en fait des remblais de 20 mètres de haut sur trois hectares et accueillait environ 150 camions par jour transportant des déchets du chantier d’Ikéa à La Garde mais aussi du Tunnel de Toulon pour lesquels le sénateur-maire Hubert Falco n’a pas non plus attaqué en justice. Jean-Paul Goy (lire encadré) qui comparaissait au côté du maire en tant qu’entrepreneur a écopé de 12 000 euros d’amende.
Changement de gouvernement, de préfet, et même de président de tribunal (1), l’association Viva (Vivre installé en Val D’Argens), créée à la suite des inondations de 2010, compte sur ces nouveaux paramètres pour faire avancer les dossiers. En juin, sur ordonnance du TGI de Draguignan, Viva se rend avec un huissier constater des remblais sur un terrain situé à côté de la zone souvent inondée de la Palud dont le locataire est l’entreprise RBTP, spécialisée dans le recyclage de matériaux inertes et gérée par le fils Barbero, famille omnipotente (2) de l’est Var. Une visite suivie trois semaines après d’une perquisition diligentée par le parquet et la préfecture : des boues portuaires provenant de l’ancien port de St Raphaël auraient été trouvées mais l’enquête est encore cours.
«  Nos maisons ont été construites là avec des certificats de conformité et en dépit de ça, ils ont quand continué à bétonner des montagnes de manière à les rendre imperméables et d’accroître notre inondabilité  », s’indigne Jean-Noël Brandenburger, victime en 2010 et président de Viva. Elsa Di Méo, conseillère régionale PS et élue d’opposition à Fréjus qui a dénoncé certains agissements peu scrupuleux (Clos des Roses, plage de l’Alba…) dans le Var est confiante : «  Je n’ai jamais eu autant d’espoir pour que ça avance dans le Var ! Jusqu’à présent, on sentait une chape de plomb dès qu’on évoquait certaines questions. Il semblerait qu’aujourd’hui l’Etat ait un volontarisme réaffirmé.  »
Mais toujours pas de solution
Le traitement des déchets ménagers n’est pas en reste puisque la justice a récemment donné raison à deux maires du Var dans leur combat contre le tout puissant Pizzorno. La cour administrative d’appel de Marseille a annulé le programme d’intérêt général (arrêté préfectoral du 7 octobre 2008) concernant l’extension de la décharge du Balançan en pleine zone Natura 2000 que Jean-Luc Longour (UDI), maire du Canet-des-Maures combattait depuis quinze ans. Du côté de Bagnols-en-Forêt, ce sont deux filiales du groupe - la SMA (Société moderne d’assainissement) et la Sovatram - qui ont été condamnées respectivement pour « infraction d’exploitation sans autorisation d’une installation de stockage de déchets inertes  » et « délit de faux  ». C’est une victoire pour Michel Tosan, maire PS de la commune qui a fait campagne contre la décharge.
Concernant les déchets du BTP, l’UDVN 83 dénonce «  une pénurie voulue et soigneusement entretenue  » d’Isdi (Installation de stockage de déchets inertes) car «  les entreprises préfèrent toujours payer 1,5 à 2 euros la tonne, souvent au noir […] que de payer 4 à 10 euros la tonne en décharge contrôlée  ». Du côté des déchets ménagers, depuis le 1er juillet la décharge de Bagnols-en-Forêt est fermée et l’arrêté préfectoral d’exploitation provisoire du Balançan arrive à échéance fin 2013… Ce qui inquiète, c’est que Le Var n’a prévu aucun plan départemental des déchets. Michel Tosan comme Jean-Louis Longour ne refusent pas d’accueillir les déchets sur leurs communes, mais pas n’importe comment, ils veulent des déchets traités, valorisés et contrôlés dans le respect de l’environnement. «  Mais pour ça il faudrait investir… Quand vous voyez ce que Pizzorno a détourné comme argent, investissement est tout relatif !  », conclut le maire PS.
Samantha Rouchard
(1) Fabrice Adam, nouveau président du TGI de Draguignan depuis mars 2012 s’intéresse tout particulièrement au droit de l’urbanisme.
(2) Alex Barbero père a été condamné en mars dernier à 240 000 euros d’amende et à détruire une partie du domaine viticole du Clos des Roses à Fréjus pour construction illégale. L’oncle, Francis Barbéro est quant à lui adjoint à l’environnement à la mairie de Fréjus. 

Du Beausset à Carqueiranne…

Jean-Paul Goy est le propriétaire de la plus grosse décharge illégale du Var située au Beausset et rendue célèbre par Envoyé spécial. L’équipe de journalistes de France 2 avait enquêté sur ses parcelles en 2011, filmant les ballets des camions du BTP venant déverser leurs déchets inertes au milieu d’une zone classée, rapportant au passage environ 60 000 euros par mois au brave homme. L’ancien éleveur à la retraite nous assure que depuis deux ans « la décharge est fermée » - ce sont ses termes alors qu’à l’époque il affirmait face à la caméra dépanner juste des amis pour quelques piécettes - et que maintenant il fait de l’huile d’olive… Bio ! Mais Jean-Paul Goy, prévoyant, s’est assuré une jolie retraite ; il a pensé à investir pas très loin, à Carqueiranne : « J’ai acheté deux hectares. Quinze ans après ils passent constructibles ! J’y suis pour rien moi ! »
Sauf que Goy ne savait pas qu’il allait devoir attendre autant de temps puisque le maire de l’époque, Bernard Houillot (UMP), lui aurait assuré un déclassement sous peu, avant de décéder en plein mandat… pas de bol. Il nous confirme qu’il s’agit bien de terrains situés dans les quartiers Beau Rivage et Beau Vézé sur lesquels Vinci Immobilier construit actuellement des F4 à 600 000 euros… Ceux-là même qui mettent le maire de Carqueiranne et conseiller général Marc Giraud (UMP) et son entourage dans l’embarras puisque le procureur de Toulon a ouvert une information judiciaire pour prise illégale d’intérêt et infraction à l’urbanisme. Deux hectares achetés à bas prix et revendus à prix d’or. Mais Goy ne se souvient plus des montants : « Je suis un paysan, moi les chiffres vous savez… »
S. R.

Moi, Monseigneur Dominique Rey, pourfendeur de PD...

L’évêque du diocèse de Fréjus-Toulon n’est pas un fan de l’Europride ! Il a mis ses ouailles en première ligne des manifs contre le mariage pour tous. L’homme de foi sait parfaitement passer la brosse à reluire sur de vieilles doctrines obscurantistes pour en faire un sous neuf…  


Appelez-moi plutôt Monseigneur Dominique Marie Jean Rey. Pas la peine de faire de vannes avec mon nom, tout a déjà été dit : « il est où le cierge ? Dans ta Rey ! », « Rey nette », « ‘Nique Ma Rey », et j’en passe… Autant de blagues sodomites qui ont forgé mon caractère et ma lutte plus actuelle que jamais ! On n’a pas gagné pourtant on n’a pas chômé au diocèse ces derniers mois, j’vous l’dis ! Mes ouailles du Var, jupes plissées, cols Claudine et poussettes, étaient en tête de cortège dans toutes les manifs contre le mariage des dépravés. En plus ils se déplacent en famille, à cinq, six enfants par couple marié - devant dieu - ça augmente considérablement le nombre de participants. Une femme enceinte compte pour deux, et les prénoms composés aussi. Par exemple, Dominique-Marie-Jean, ça fait trois. Donc pour la manif du 26 mai, là où la police compte 150 000 manifestants, nous en dénombrons facilement un million !

Les gays sont partout, même dans l’église, je ne citerai personne… « La refonte structurelle du mariage conduit à une sorte de mutation anthropologique […] On ouvre la boîte de Pandore […] On remet en cause l’ordre naturel des choses dans une volonté prométhéenne de reconstruire l’humanité  » (1). Voilà ce que j’ai déclaré à la presse. Et même si la loi a été promulguée et que les premiers sodomites vont pouvoir s’en… aller en voyage de noces, je campe sur mes positions et je me donne pour mission de former au mieux les jeunes générations de croyants. En août, j’organise l’université d’été de la Sainte Baume avec, parmi les intervenants, le député UMP Hervé Mariton, notre plus grand allié face à Taubira lors du débat à l’Assemblée. Le thème de cette année c’est « changer la société », apprendre à « l’observer », à « la juger » avec notre esprit critique et tolérant de chrétiens et surtout apprendre à « agir » ! Parce que les banderoles et la Frigide Barjot rose bonbon, ça va un moment…

« On remet en cause l’ordre naturel »

Je suis venu à la bêtise, euh pardon à la prêtrise assez tard, en 1984 et j’ai été nommé évêque du diocèse de Fréjus-Toulon en 2000. Avant de porter la robe, j’étais un brillant fiscaliste. J’ai gardé d’ailleurs ce côté rigoriste. On me dit autoritaire et dominateur, certains me surnomment même « le gourou ». C’est sûr qu’avec moi il faut marcher droit (2). J’ai le charisme d’une huître mais je suis loin d’être con et c’est ce qui me sauve. J’ai décidé de mener mon diocèse à la baguette pour faire passer mes idées, n’en déplaise à certains. Et mon conservatisme a trouvé, dans le Var, l’espace idéal pour faire des émules ! Depuis treize ans, je remets l’église à la place qui lui est due. C’est dans mon diocèse qu’on ordonne le plus de prêtres après Paris. D’ailleurs, quand la Duflot a voulu réquisitionner les bâtiments de l’église pour y loger des pauvres, j’ai dit non, on est complets, y’a plus de places ! J’accueille tout le monde : les ultra-classiques de la communauté Saint-Martin, les Vierges consacrées et même des Brésiliens… même si… enfin vous voyez ce que je veux dire quoi… Tant qu’ils dansent pas la samba en string à paillettes pendant le sermon… J’ai remis au goût du jour l’ancienne liturgie et la messe en latin animée par les « Missionnaires de la miséricorde divine  » qui n’hésitent pas à s’installer dans la rue afin d’évangéliser le plus grand nombre (3). Contrairement à l’ésotérisme des francs-maçons contre lequel je lutte, nous sommes ouverts à tout un chacun : «  Dans l’église catholique, il n’y a pas d’enseignement secret. La doctrine de la foi chrétienne est accessible à tous. » (4)

Faire avaler de vieilles sornettes obscurantistes sous un nouvel emballage plus jeune et plus moderne, voilà toute ma force ! Certains diront de moi que je gère mon église comme un chef d’entreprise, un professionnel du management… C’est pas faux !

Je suis de tous les combats, contre l’avortement avec les marches pour la vie et même contre le Téléthon… En 2006, j’ai déclaré : «  Les fonds récoltés par cette entreprise généreuse doivent servir à la lutte contre les maladies plutôt qu’à la recherche sur l’embryon, moralement condamnable.  » (5) Ça a un peu choqué… Bien sûr, moi aussi je verse ma petite larme quand on nous les montre à la télé en plein mois de décembre. Qu’est-ce que vous croyez ? Y a un cœur sous ma soutane. Mais je persiste et signe : dans le cas des myopathes, il vaut mieux guérir que prévenir ! Car cet enfant, tout handicapé qu’il est, bloqué sur un fauteuil à vie sans pouvoir jamais courir derrière un ballon, est aussi une créature de dieu… Et on doit l’accepter tel qu’il vient. Ce n’est pas juste ? Mais si dieu était juste, ça se saurait non ?

Il serait bien aussi de réguler l’immigration - en priorité dans le Var - car «  l’accueil des populations migrantes ne doit pas remettre en cause l’équilibre intérieur du pays, déstabiliser son économie, sa société  » (6). Moi réac ? Par contre, je lâche un peu la bride sur le port du préservatif. « Lorsque les conduites à risque sont susceptibles de donner la mort, si la fidélité, la chasteté voire l’abstinence ne peuvent être assumées, l’église ne peut que prescrire, de manière ultime, l’usage du préservatif. » (6) Ultime j’ai dit ! Comme quoi j’arrive à mettre un peu d’eau dans le sang du Christ. Tout à l’extrême droite du père que je suis !


Samantha Rouchard

(1) Nouvelles de France.fr le 15/09/12
(2) Trombinoscope Golias 2012
(3) Article « Au rayon des bondieuseries réac » de Jean-Baptiste Mallet. Enquête sur Les fous de dieu le Ravi n°101
(4) Interview dans Le Nouvelliste 2008 suite à la parution de son livre « Peut-on être chrétien et franc-maçon ? » Editions Salvator (2007)
(5) Placedeleglise.fr 2006
(6) Var Matin le 25/12/10


Publié dans le mensuel le Ravi : http://www.leravi.org/spip.php?article1570

Se poser à Saint-Menet

L’aire d’accueil des gens du voyage de Saint-Menet est l’une des rares à bénéficier d’un centre social permanent, lieu d’échange et de vie où tsiganes et gadjé se côtoient. Reportage.



« Chaïma, je t’aime, tu es belle, tu es la plus jolie très très fort.  » Quelques mots d’amour, écrits au feutre rose et épinglés à côté d’autres dessins d’enfants, décorent le poste de travail de Chaïma, agent d’accueil et secrétaire du Centre de culture ouvrière (CCO) situé sur l’aire des gens du voyage de Saint-Menet (Marseille 11ème). Paumée entre l’autoroute A50 et la Chocolaterie de Provence, l’aire est loin de tout et de tous, sans panneau d’indication. Créée en 1977, fermée en 2005 pour insalubrité, ré-ouverte depuis 2006, elle est l’une des rares à accueillir sur son site un centre social permanent.
« C’est un luxe ! », se réjouit Loucif Mendil responsable du CCO qui voulait travailler avec les gens du voyage. « La différence je la situerais dans leur mode de vie, dans leur rapport au temps, souligne-t-il. Aujourd’hui, dans notre société la notion de famille est redistribuée, redessinée. On y est beaucoup plus isolé, alors qu’ici il y a encore du respect pour la place de l’ancien pris en charge par la communauté. Et puis il y a toute une histoire, toute une langue, toute une forte résistance aussi, puisqu’ils veulent préserver leur mode de vie et rester en caravane. »
Une école en moins
Le CCO propose du soutien scolaire, des sorties culturelles, des moments de paroles etc. Chaïma gère aussi au quotidien les soucis de CAF, de docteur, d’inscription à l’école et de documents en tout genre. Les problèmes administratifs sont nombreux : « Pourtant c’est simple, il faut juste leur expliquer les choses. Mais les administrations ne prennent pas le temps et ça complique tout. » Voilà un an et demi qu’elle travaille à Saint-Menet et une relation de confiance s’est établie. Son bureau n’est pas que celui des pleurs, on passe dire bonjour et discuter un peu… Il est aussi le terrain de jeux des enfants dont les têtes dépassent à peine le comptoir d’accueil. C’est mercredi, le reste du temps ils sont scolarisés. Jusqu’à l’an dernier il y avait une école maternelle sur l’aire. Le poste a été supprimé pour des raisons budgétaires. « Ça a été un coup dur pour les mamans, déplore Loucif. On nous a dit que ça permettrait aux enfants de s’intégrer plus facilement dans les écoles, pourtant c’est toujours à côté des déchèteries qu’on installe les aires, pas des écoles ! »
John, 33 ans, est venu acheter les tickets de cantine de sa fille Céléna, 9 ans, qui veut devenir institutrice : « Moi si j’envoie ma fille à l’école c’est pour qu’elle apprenne à bien parler le français et pour qu’elle se mélange avec d’autres enfants. J’ai envie que ma fille ait des amis sédentaires, des Arabes, des Chinois... Mais là, ils les mettent tous dans des classes de voyageurs, où ils ne parlent que le Romanès et où ils dessinent ! Ma fille elle ne veut pas colorier, elle veut apprendre ! C’est pas normal et ça m’énerve ! » Faut dire que John est un papa un peu particulier. Alors que beaucoup de voyageurs sont illettrés voire analphabètes, il a décidé d’apprendre à lire et à écrire il y a deux ans. Au départ c’était pour déchiffrer les annonces sur le Bon coin, mais maintenant il est plutôt fier de pouvoir se débrouiller tout seul dans ses démarches, pour aider sa fille aux devoirs, mais aussi pour lire les panneaux sur la route : « Quand on voyage on suit tous une même caravane et si elle se trompe de chemin, et bien on se trompe tous de chemin. Maintenant je peux savoir si on va dans la bonne direction ou pas ! »
Amour et méfiance
Melissa et Jessica, la vingtaine, ne savent pas lire, ce qui n’a pas empêché Loucif de leur donner leur chance en leur proposant de devenir animatrices. Le mercredi et pendant les vacances scolaires, elles s’occupent de huit enfants de l’aire de 3 à 7 ans. Les deux jeunes femmes sont encore célibataires, et même si Melissa a un petit copain, elle ne compte pas se marier de si tôt. Et tomber amoureuse d’un gadjo, est-ce envisageable ? « Même si l’occasion ne s’est jamais présentée, on n’est pas raciste et de toute façon l’amour est au-dessus de ça », nous assure-t-elle. Mais finalement les seuls gadjé qu’elles côtoient sont bien souvent ceux qui travaillent ici. Comme le dit Latino (1), voyageur d’une soixantaine d’années : « En voyant la caravane, les gens ont toujours peur, c’est pour ça qu’on nous met loin de la ville. » Mais la méfiance, conclut Loucif, n’est pas à sens unique : « Le gadjo c’est celui qui les a rejetés et pourchassés. Ils le ressentent encore quand ils voient le traitement que les politiques leur accordent. »
Samantha Rouchard
(1) A sa demande, nous avons changé le prénom.

Publié dans le Ravi num 106, Avril 2013.

AIDES toi et le ciel t'aidera !

Paca est la deuxième région de France la plus touchée par le VIH. Visite dans les nouveaux locaux de Aides-Marseille qui va dépister jusque dans les saunas gays pour enrayer l’épidémie. Et qui propose désormais des « tests rapides d’orientation et de diagnostic ».


Mercredi 15h, au cœur du quartier marseillais de Noailles, le local de l’association Aides ressemble à n’importe quelle boutique de la rue de La Palud. A l’intérieur, Bernard, volontaire depuis 1996, et Patrick, salarié depuis dix ans, tiennent la permanence jusqu’à 20h. Le tutoiement est de rigueur. On y trouve capotes et documentation, mais surtout un large canapé rouge et une tasse de café chaud. Le lieu a été pensé convivial. «  On est présent avant tout pour écouter  », précise Patrick qui dit s’être «  construit sur le terrain  ». Volontaires comme salariés reçoivent une formation « counseling » sur plusieurs jours pour se familiariser avec les attitudes et les outils qui favorisent une relation d’aide. « On n’est pas là pour apporter de réponses, ni pour juger, note Patrick. On sait bien que se protéger tout le temps et toute la vie, c’est pas possible. C’est comme nous dire de faire le tour de notre voiture avant de prendre la route, ou de rouler à 30 ! Personne ne le fait jamais et roule à fond la caisse. Ben la prévention c’est pareil !  »
PACA NE SORT PAS COUVERTE
L’accueil de Noailles et celui de la Belle de Mai ont ouvert leurs portes en octobre et viennent remplacer le local unique des Réformés. «  L’implantation à Noailles permet à la fois de toucher les gays et les migrants. Car aujourd’hui, ce sont eux qui sont le plus vulnérables au VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) », précise Antoine Simon, responsable des deux structures. Selon le rapport 2012 du Crips (Centre régional d’information et de prévention du Sida), en Paca, les découvertes de séropositivité depuis 2008 sont en constante augmentation alors qu’au niveau national elles se stabilisent (données provisoires non redressées).
Avec 7826 cas de sida déclaré au 31 décembre 2011, Paca est la deuxième région de France la plus touchée après l’Île-de-France. Dans les Bouches-du-Rhône, il y a eu 126 déclarations de séropositivité en 2011 contre 110 en 2008. Une contamination en hausse inquiétante chez les « HSH » (Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) qui passe de 49 % de cas de contamination en 2008 à 62 % en 2011, alors qu’elle aurait tendance à baisser chez les hétérosexuels (de 48 % en 2008 à 33 % en 2011). Marseille ne fait rien comme tout le monde : ces chiffres sont contraires à la moyenne nationale puisqu’en France les contaminations hétérosexuelles restent majoritaires en 2011 avec 55 % des découvertes de séropositivité. Concernant les migrants, les plus touchés sont ceux d’Afrique subsaharienne : au niveau national, le chiffre (30 % en 2011) est en baisse constante depuis 2003, alors qu’en Paca, il reste stable avec 10 %. C’est sans compter sur les séropositifs qui s’ignorent…
SE TESTER AU SAUNA GAY
D’où l’importance pour Aides d’aller à la rencontre des populations, que ce soit dans les soirées festives communautaires, à la prison des Baumettes, dans les saunas gay, les sex-clubs, les lieux de drague, etc. Pour Patrick, ces sorties permettent de rencontrer des gens qui ne pousseraient jamais la porte du local. « Imaginez un bon père de famille - et il y en a beaucoup plus que l’on ne croit - qui se rend régulièrement dans un sauna gay. Si on ne le touche pas sur place, on ne le touchera jamais !  »
Ce que Patrick entend par « toucher », c’est avant tout proposer à ceux qui fuient le dépistage de faire un test rapide de détection du VIH. Depuis fin 2010, les non-médicaux - après avoir suivi une formation spécifique - sont autorisés à réaliser ces tests. « On sait aujourd’hui que les traitements existants quand ils sont bien suivis et bien tolérés par les séropositifs évitent la contamination, indique Antoine Simon. L’enjeu, c’est d’arrêter l’épidémie et pour cela de dépister au plus vite pour proposer un traitement au plus tôt.  » La majorité des contaminations se produisent au moment où la personne vient elle-même d’être contaminée. Car à ce moment-là, le virus est très puissant et se réplique énormément.
En 2011, l’activité de dépistage est en augmentation de 4 % au niveau national, en Paca, malgré un nombre de dépistages élevés, elle stagne. A Marseille, seule Aides, pour l’instant, pratique les Tests rapides d’orientation et de diagnostic (Trod). Ils fonctionnent avec une goutte de sang et un réactif, le résultat est immédiat et fiable. « Nous n’annonçons pas une séropositivité, mais nous disons qu’il y a "une extrêmement forte probabilité que le résultat soit positif" avant de rediriger la personne vers une analyse de sang, comme le font les médecins, pour confirmer le résultat  », précise Antoine Simon.
Bernard n’a pas souhaité suivre la formation, car malgré la périphrase, il ne se sent pas la force d’annoncer un résultat positif. Lui-même déclaré séropo en 1983, lors d’un banal don du sang, il a vécu pendant 15 ans sans s’en préoccuper. « On m’avait dit que j’avais un problème sanguin, à 20 ans, à cette époque-là, ça ne voulait rien dire ! » C’est lorsqu’il commence à tomber malade qu’il prend conscience de son état. «  Maintenant on peut espérer vivre, mais moi j’ai connu la période noire, où l’on vous annonçait 2 ans de sursis, confie-t-il. Vous ne preniez même plus des nouvelles des gens, de peur d’apprendre leur mort…  » En 20 ans, si les traitements ont évolué, les mentalités pas toujours. Et le bénévole de constater : « Certains lavent encore leur verre à la javel après qu’un séropositif y ait bu. Le pire, c’est quand le corps médical s’y met. A Marseille, par exemple, nombreux sont les dentistes qui refusent encore de prendre un patient atteint du VIH.  »
Samantha Rouchard

Les vagues de VIH

Dans les années 80, les usagers de drogues par voie intraveineuse (UDVI) sont les plus touchés en Paca. Ils représentent plus de la moitié des contaminations. La mise en place de traitements de substitution et la diffusion de matériel d’injection stérile à usage unique a permis de diminuer considérablement les contaminations. En 2008, les « UDVI » ne pèsent plus que 2 à 3 % des nouvelles contaminations. Fin 90, début 2000, l’épidémie concerne majoritairement les hétérosexuels avec un nombre important de nouvelles séropositivités. Depuis 2006, les contaminations homosexuelles passent de 37 % à plus de 60 % en 2011. Mais le nombre global de nouvelles séropositivités augmente de nouveau depuis 2008.

Publié dans le Ravi

"Je fais l'opposant, sinon vous allez vous ennuyer"

Rubrique : Contrôle technique de la démocratie

Conseil municipal du 10/04/2013 à Sanary-sur-Mer (83)
 


« Présent ! » répond à l’appel, haut et fort, Ferdinand Bernhard, maire sans étiquette de Sanary-sur-Mer, afin de mieux souligner l’absence de son farouche opposant et candidat pour 2014, Olivier Thomas (UMP). « Pff, c’est nul ! Ça va être beaucoup moins drôle ! », lance un chauve dans le public. La salle polyvalente fleure bon la naphtaline et le botox. Et comme le maire propose un « after » avec pastis, whisky et chips, les plus pique-assiettes étant souvent ceux qui ont le frigo plein, il y a foule !
18h10
Le conseil municipal de Sanary c’est un peu « Au théâtre ce soir ». Ferdinand Bernhard, costume gris clair et cravate bleue, trône au centre d’une table disposée en U face à son public. A sa droite, Patricia Aubert, 1ère adjointe déléguée « à la communication, à la questure et à la préparation du conseil municipal » (sic). Elle ouvre la séance. Le maire l’interrompt :
-  « On dirait que la première adjointe a un problème d’élocution… »
-  « Non, j’ai un bonbon dans la bouche »,
répond cette dernière en gloussant.
18h15
Le maire explique que quatre logements sociaux seront construits au milieu d’autres logements privés. « Au-delà des mots, il y a des actes qui se concrétisent », insiste le premier magistrat dont la ville n’est pas vraiment en règle avec la loi SRU (cf encadré). Ça piaille dans la salle. Monique et Josiane, assises au premier rang du public, votent « pour », « mais bon… »
18h23
On passe aux subventions des associations culturelles. « Chorale Arc-en-ciel, 300 euros… Ecole de musique, 50 000 euros… », annonce l’adjointe. « Y a-t-il une raison particulière pour que l’école de musique touche une telle somme ? », demande timidement l’élu d’opposition UMP Gérard Vernières, cheveux blancs et couperose qui devra se contenter d’un « Eh oui, la culture coûte plus cher que le sport ! » du maire. L’opposition vote finalement « pour ». Ferdinand Bernhard de rajouter : « Monsieur Vincenzini [ndlr : élu d’opposition PS] vous m’inquiétez, je pensais que vous alliez vous abstenir ! » Et de conclure : « Ah ! j’entends dans les rangs quelqu’un qui dit : "il évolue" ! »
18h27
Délibération numéro 33. « Il s’agit d’un vote binaire. Vous dites si vous êtes "pour" ou "contre" », précise la première adjointe. « C’est une atteinte à la démocratie de ne pas pouvoir s’abstenir !, taquine le maire. Je plaisante ! Je fais l’opposant sinon vous allez vous ennuyer ! »
18h33
On passe à la fiscalité directe locale, là Don Ferdinand ne rigole plus et monopolise la parole sur son axe de réélection : « Contrairement à ce qui a été constaté ici ou là par des gens qui disent avoir des compétences en la matière alors qu’ils n’en ont aucune, Sanary reste la ville du Var où la taxe d’habitation est la moins chère. » Sa voix monte d’un ton en show man qu’il est, il ajoute : « La taxe professionnelle va baisser de 22 %. Nous avions le choix de le faire en douze ans mais finalement nous le ferons en trois ans ! » Un « Wahou » soulève le public. On a le sens du spectacle ou on ne l’a pas… L’opposition vote « contre ».
18h45
Un intervenant rejoint la table du conseil pour présenter sur power point, l’intercommunalité Sud Sainte Baume que rejoint Sanary. Les conseillers regardent l’écran. Patricia Aubert regarde le néon. Ferdinand Bernard donne des explications annexes et fait la discipline : « Monsieur Carpentier, vous pouvez répéter ce que je viens de dire ? », lance-t-il à l’élu délégué à la police municipale, occupé à discuter avec sa collègue.
18h57
« Certains disent qu’il dort, monsieur Brondi, mais non ! », plaisante le maire concernant l’adjoint délégué aux services techniques assis à sa gauche qui fait remarquer l’oubli de la délibération sur le réseau d’assainissement. « Nous passons donc à la délibération numéro 36 qu’on a malencontreusement sautée… euh… la délibération ! », ajoute Patricia Aubert.
19h09
Michel Sacher, directeur du Cyprès Paca (Le Centre d’information pour la prévention des risques majeurs) prend place à la table du conseil pour expliquer le plan communal de sauvegarde : « Les risques majeurs à Sanary ce sont les inondations, les feux de forêts, les conduites de gaz, les risques de neige… »
19H13
Le premier magistrat fait remarquer au spécialiste - avec un petit rire narquois - qu’il a oublié de parler d’un point « important » : « Eh oui, monsieur Sacher vous auriez dû leur dire que nous sommes ville pilote… pour le tsunami ». Tension dramatique et gros brouhaha dans la salle, Monique et Josiane sont inquiètes. « Je n’ai pas osé parler de ça, mais Sanary – avec Bandol et Six-Fours - est effectivement soumise au risque Tsunami », répond le spécialiste. Mais pas de panique c’est si et seulement si il y a un séisme sur les côtes algériennes, et puis les vagues ne devraient pas dépasser quatre mètres et les habitants auront une heure dix pour fuir… « Si vous êtes emportés par le tsunami, au moins vous savez… euh vous saurez qu’il fallait être au dessus de quatre mètres et pas au bord de l’eau ! », trouve bon de rajouter le maire qui galère avec la concordance des temps.
19H17
Délibération concernant les subventions pour l’environnement. Ferdinand Bernhard en profite pour reprendre la parole : « Permettez-moi de faire un petit aparté. » Sa langue fourche et on comprend « apartheid ». S’ensuit un long soliloque durant lequel Il évoque une vidéo qui lui a été adressée - « par erreur, parce que sinon ça serait par provocation… », ironise-t-il - par l’Association de défense des Sanaryens dont le président est Olivier Thomas [ndlr : l’ADS devient un parti politique pour 2014] dénonçant la création du futur casino sur un site remarquable (lire « Faites vos jeux, rien ne va plus », le Ravi n° ;97). Le premier magistrat apparente cette manière de faire à celles des « nazis et des staliniens », rien de moins !
19H23
Arielle Sarrazin, déléguée aux « élections, à l’état civil, aux cimetières et aux balcons fleuris » (sic) s’interrompt, dérangée par la 1ère adjointe qui badine avec le maire, et vas-y que je te donne une pitchinette sur l’épaule, que je rigole à tes blagues, que je bouge les cheveux, que je minaude…
19H32
On passe au vote de la suppression d’un poste d’adjoint en école maternelle. « Y a-t-il des avis défavorables ? », demande Patricia Aubert. « Attendez, attendez, rebondit le maire, je vous signale quand même qu’il s’agit de la suppression d’un poste. Si dans un souci de simplification administrative, voire "d’un choc de simplification", l’Etat pouvait éviter de nous poser ce genre de questions, ça nous ferait gagner du temps […] Ne pas émettre d’avis ce serait au moins une façon de dire que ce n’est pas la peine de le demander… » « Du coup nous nous abstenons », annonce la 1ère adjointe. « Vous voyez monsieur Vincenzini, je vous ai bien aidé ! », lance le maire à l’élu d’opposition PS.
19H42
A trois minutes de la fin, alors que Ferdinand Bernhard est reparti dans un énième monologue enflammé, le public, lui n’est concentré que sur une chose : la picole !

Par Samantha Rouchard

Fiche technique de Sanary-sur-Mer (83)


17319 habitants (2010)
4 fleurs « villes et villages fleuris ».
42 Caméras de vidéosurveillance + 20 à 25 en 2013.
4 % de logements sociaux.
20,96 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012.
Le maire : Ferdinand Bernhard (Sans Etiquette, ancien MoDem, Ancien UDF).
La majorité : 24 conseillers de la liste « Continuons ensemble pour mieux vivre à Sanary ».
L’opposition : 7 conseillers de la liste « Unis au coeur de Sanary » (Sans Etiquette, UMP, PS) et 1 ancien adjoint à l’urbanisme de la majorité (Hersen Louis) venu rejoindre l’opposition après s’être fait évincé par le maire en 2010.
Le conseil municipal soumis au test du Ravi
Durée : 1h40.
Présents : 19 élus de la majorité, 4 élus d’opposition.
Temps de parole cumulé de l’opposition : 10 minutes.
Le public : 90 personnes, 3 journalistes (dont 1 sosie de David Guetta).


Publié dans le Ravi num 107, mai 2013

Quand le Var manque d'aires...

Dans l’un des départements les plus touristiques de France, les élus préfèrent y voir fleurir les tentes Quechua des vacanciers que les caravanes des gens du voyage…


« La misère est au soleil, moi j’vous l’dis ! », lance Bodin, la trentaine qui attend de savoir s’il peut s’installer avec sa famille sur l’aire des gens du voyage de la Farlède, à côté de Toulon. Le bureau d’Hélène, l’agent d’accueil, ne désemplit pas. L’aire compte 30 emplacements, tous déjà pris. Elle dirige Bodin vers celle de Brignoles. « Ah non merci ! C’est une cuvette là-bas, on n’arrive pas avoir la télé et le portable ne passe pas, s’insurge Bodin. C’était mieux avant quand il n’y avait pas de places désignées. »
Dans le Var, les gens du voyage se bousculent aux portillons des aires d’accueil tellement elles sont peu nombreuses. Le schéma départemental de 2003 en prévoyait 18, mais dans les faits il n’en existe que cinq. Celle de Six-Fours a pris l’eau peu de temps après son inauguration. Celle de Puget est dégradée avant d’être terminée. Parmi les deux aires de grand passage destinées aux convois de missionnaires, sur les 8 préconisées, celle de Fréjus est inondable… « Tout gitan qu’on est, on tient à notre dignité », note Helig, la soixantaine, en nous montrant les sanitaires collectifs sans fenêtre de la Farlède. Les aires existantes ont été construites sans l’avis de ceux qui vont y vivre et qui paient des emplacements. 5 euros par jour à la Farlède, 6 euros à Brignoles, contre 2 euros à Marseille (St Menet) et à 2, 50 euros sur Paris. Avec l’eau et l’électricité, l’emplacement revient facilement à 80 euros par semaine. Une caravane n’étant pas considérée comme une habitation, aucune aide au logement n’est possible.
« Avant, les communes de plus de 5000 habitants étaient subventionnées à 70 % par l’Etat pour installer les aires d’accueil, précise Jérôme Burcklen, chargé du pôle habitat de la Fnasat (Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage). Depuis le 31 décembre 2008, c’est à la charge de la commune, mais la préfecture peut s’y substituer et mettre en place les espaces manquants. Cependant aucun préfet ne le fait et aucune commune n’est inquiétée. » A Sanary-sur Mer, l’aire doit être construite depuis cinq ans, elle est même inscrite au PLU. Mais toujours rien ! L’an dernier, le maire, Ferdinand Bernhard (Sans étiquette), grand seigneur, nous assurait : « Je leur ai même proposé de leur payer le camping, mais ils ne veulent pas. Que voulez-vous que j’y fasse ! » Un geste altruiste qui fait sourire l’opposition. « Ça n’a pas été une prise de parole publique en tout cas ! », s’étonne Olivier Thomas, conseiller municipal UMP. En juin dernier, Ferdinand Bernhard n’a pas hésité à couper l’eau à tout un secteur sur lequel s’étaient installés des gens du voyage… Mais vivant lui-même dans le quartier, il a fini par la rétablir ! Pour François Espinas, coordinateur départemental gens du voyage, il y a peu d’espoir de voir le problème se régler : « A une année des échéances municipales on sait de toutes façons qu’aucune aire d’accueil ne verra le jour car les politiques ne veulent pas froisser leurs électeurs. »
Si rien n’avance pour les itinérants, c’est encore autre chose pour ceux qui veulent se sédentariser. Les aires d’accueil ne sont pas prévues pour, puisque tous les deux mois les caravanes doivent quitter les lieux. On leur propose des HLM, comme c’est le cas à la Ripelle, au Revest où les familles qui vivent sur place depuis 1972 seront relogées dans des maisons individuelles d’ici quatre ans. « Mais lorsqu’ils veulent rester dans leurs caravanes c’est plus compliqué, nous explique Sasha Zanko, rom français et président de l’association Tchatchtipen à Toulon. Car même lorsqu’ils ont les moyens d’acheter un terrain privé les communes font tout pour empêcher qu’il soit viabilisé. »
Les occupations illégales sont donc légions. Fin février les soixante familles sédentaires qui occupaient depuis dix ans le terrain de la Chaberte à La Garde, ont été expulsées par TPM qui, ironie du sort, veut y construire une aire d’accueil pour les itinérants. Philippe Chesneau, a tenté avec d’autres élus locaux de défendre les droits de ces derniers en préfecture. « C’est la première fois que je vois ça, s’inquiète le conseiller régional EELV. La directrice de cabinet qui nous a reçus est restée campée sur ses positions, il n’y a plus de dialogue possible.  » Le député varois UMP, Philippe Vitel en est encore, quant à lui, à balancer sur son blog des clichés d’un autre temps : « Mais comment font-ils pour se payer de si belles voitures et caravanes ? » Façon, l’air de rien, d’entretenir la peur du voleur de poules…
Samantha Rouchard

Le PS déclare les primaires ouvertes...

En octobre devraient se tenir des primaires, ouvertes au-delà des seuls socialistes, qui donneront la possibilité aux Marseillais et aux Aixois de choisir leur candidat PS pour les prochaines municipales. Entre clientélisme et problème d’ego, reste à cadrer tout ça… 


Harlem Désir, le premier secrétaire du Parti socialiste, a réuni au siège national, le 12 septembre, la fine fleur du PS 13 pour discuter des primaires « ouvertes » aux élections municipales en 2014. Etaient présents le 1er fédéral des Bouches-du-Rhône et candidat sur Aix-en-Provence, Jean-David Ciot, ainsi que les prétendants déclarés à Marseille : Samia Ghali, sénatrice-maire des quartiers Nord, et Eugène Caselli, président de l’agglomération marseillaise (1). Mais aussi les « pas encore mais presque » comme Patrick Mennucci, député-maire du centre-ville. Quand à Marie-Arlette Carlotti, ministre en charge des handicapés, elle a décliné l’invitation. « Si elles se passent mal, les primaires peuvent nous faire perdre la mairie de Marseille », a-t-elle déclaré, fin janvier à 20 Minutes, redoutant que le dispositif ne favorise Jean-Noël Guérini. Et puis il y aussi le postulant qu’on n’a pas invité, le député Henry Jibrayel : « On en a fait un foin de cette réunion, je l’ai apprise la veille. Ils ont préféré recevoir Mennucci pas Jibrayel, c’est pas grave ! » Il a été intégré, après coup, au groupe de réflexion…
Entrisme de droite ?
Le Think tank Terra Nova et son feu fondateur Olivier Ferrand, député PS des Bouches-du-Rhône, après avoir imaginé les primaires pour la présidentielle, en défend désormais le principe aux élections locales. « A Avignon, 8000 personnes se sont déplacées pour les primaires à la présidentielle alors qu’il n’y a que 300 militants socialistes dans le Vaucluse !, souligne Jean-François Césarini, de Terra Nova 84. En les ouvrants à tous les sympathisants, ça permet au peuple de gauche de choisir. Et c’est le sens de la démocratie que d’élargir la base électorale. »
A Avignon justement, les primaires séduisent Christine Lagrange, conseillère régionale et candidate déclarée, « pour faire émerger des personnalités qui ne sont pas adoubées par le système » (le Ravi, septembre 2012). Mais elles n’enthousiasment pas Cécile Helle, vice-présidente à la Région elle aussi candidate déclarée, ainsi que la députée du Vaucluse Michèle Fournier-Armand, qui n’a pas encore officialisé ses intentions. « Le risque existe que des militants de droite décident de voter aux primaires pour choisir eux-mêmes le candidat PS », redoute cette dernière. Jean-François Césarini, proche de Paul Hermelin, conseiller municipal qui pourrait postuler aux primaires avignonnaises, se veut rassurant : « On a vu des urnes qui se perdent à Aix, ou des votes dans des coffres de voiture à Avignon, mais c’était dans des sections fermées où il y avait peu de gens. On ne peut pas imaginer plus de magouilles dans les primaires qu’il n’y en a eu dans nos partis ! Mais il est quasiment impossible de tricher quand la masse est énorme. »
Vraiment ouvertes ?
Au PS 13, certains voient dans les primaires une occasion de faire table rase du passé : « Ça fait dix ans que je me dis favorable à des primaires et d’autant plus sur Marseille où le parti socialiste doit enfin se libérer du guérinisme », précise Patrick Mennucci. Une pré-élection qui offrirait une légitimité à celui qui représentera une gauche unie face à des municipalités de droite bien ancrées. En attendant, l’heure est à la division. Le groupe socialiste d’opposition à la mairie de Marseille a demandé à Mennucci de renoncer à la présidence qu’il occupait depuis 2008, l’accusant de jouer perso ! Parmi les frondeurs : Samia Ghali et Eugène Caselli, futurs adversaires du député. A Aix, où il n’y a pas non plus de leader incontesté, la conseillère régionale PS Gaëlle Lenfant, candidate non déclarée, estime qu’une primaire est « la méthode la plus à même de construire une dynamique et d’éviter les dissidences ». Dans sa ville, les candidats potentiels sont légions : André Guinde, Jacques Agopian, Jacky Lecuivre, Edouard Baldo…
Partout, la liste risque de s’allonger si les primaires s’élargissent aux candidats de la gauche plurielle. Le Modem avec François-Xavier De Peretti, à Aix, et Jean-Luc Bennahmias, à Marseille, est déjà dans les starting-blocks. « Notre existence politique sur les deux villes est légitimée, indique ce dernier. Ouvrir les primaires, permet d’envisager des points de vue différents. » Certains comme Jibrayel, préfèreraient rester « entre socialistes ». Au PCF, pour l’instant pas question d’y participer. « C’est de la fausse bonne démocratie. Nous on travaille sur un projet et pas sur un candidat providentiel », indique Jean-Marc Coppola, conseiller régional Front de Gauche. Côté PS, une charte de bonne conduite gérée par une haute autorité indépendante devrait voir le jour sous peu, histoire d’éviter les débordements verbaux. Sage précaution…
Samantha Rouchard
(1) Cet article a été rédigé fin février. Depuis, la direction nationale du PS a placé sous tutelle la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. Jean-David Ciot n’est donc plus le 1er secrétaire. Depuis, dans l’attente d’une décision officielle, le 13 avril, Avignon ne semble plus figurer dans la courte liste des villes où des primaires locales seront organisées... Et, depuis, l’affaire Cahuzac secoue en profondeur le PS...

Réouvertures de lignes à petite vitesse...

De nombreux collectifs se mobilisent pour la réouverture de lignes TER dans la région. Beaucoup de dossiers sont à l’étude mais l’engagement des politiques et les financements manquent à l’appel…


Depuis vingt ans, Lisette Lopez travaille en gare de Brignoles (83), mais elle n’a vu passer aucun train si ce n’est ceux de l’armée (1) ! Alors qu’on débat sur la Ligne à grande vitesse (LGV) – pudiquement rebaptisée Ligne nouvelle - de nombreuses voies de chemin de fer, pour beaucoup en état, sont en sommeil depuis des années. C’est le cas de la ligne Carnoules-Gardanne (83 et 13) qui passe par Brignoles. Mais aussi de celle qui relie Les Arcs à Draguignan (83), ou encore l’axe Aix-Rognac (13) ou Cavaillon-Pertuis (84). Pour Philippe Chesneau, conseiller régional EELV, la région est sous-équipée : « En Rhône-Alpes, ils ont un vrai réseau, pas chez nous. Et on va s’en mordre les doigts à force de tout miser sur l’automobile, alors que l’essence est de plus en plus chère. »
Marc Svetchine assure que la priorité est la rénovation du réseau existant. « En Paca 150 000 personnes prennent le TER tous les jours, explique le directeur régional de Réseau Ferré de France (RFF). Cette année, on va investir 260 millions d’euros. Il y a trois ans on était à 100 millions d’euros. Pendant près de quarante ans les rails ont été oubliés au profit des voitures et des camions. Désormais il faut moderniser tout un réseau pour rattraper le retard. » Pour l’instant, la seule réouverture programmée est celle de Sorgue-Carpentras (84), prévue en décembre 2014, pour un coût de 80 millions d’euros. Inscrit dans le contrat de Projets Etat-Région (2007-2013), les travaux sont financés à 24 % par l’Etat, à même hauteur par le Conseil régional, à 18 % par le Conseil général du Vaucluse et à 12,50 % par RFF, le reste étant à la charge des communautés d’agglo et des communautés de communes concernées. Pour 40 millions d’euros supplémentaires, les voyageurs auront même droit à la virgule qui reliera Avignon gare TER et Avignon gare TGV qui s’effectue actuellement en bus. « Et qui coûte 40 fois plus cher que si elle avait été réalisée au moment de la construction de la gare TGV, comme nous l’avions préconisé à l’époque … », rajoute Michel Musumeci, secrétaire CGT des cheminots d’Avignon.
Réduire l’usage de l’auto
Pour de nombreux collectifs, l’exemple d’Avignon-Carpentras est un élan à suivre même s’ils savent que la volonté politique y est pour beaucoup. En 2006, les maires des communes concernées s’étaient mobilisés pour la réouverture de la ligne. On se souvient aussi, dans Les Alpes-Maritimes, de la détermination d’André Aschieri, maire écologiste de Mouans-Sartoux pour la réouverture de Cannes-Vintimille en 2005. Dans le Var, Jean-Claude Pernoud, président de l’association « Train avenir du centre Var » considère que les élus locaux ne se bougent pas assez. Il ne mâche pas ses mots pour parler de leur inertie : « Conseillers régionaux, maires, etc, tous disent qu’ils sont tous attachés à la réouverture des lignes TER, mais finalement il n’y a que leurs intérêts et leur profit personnels qui les intéressent, le reste ils s’en foutent. »
Jean-Claude Pernoud est d’autant plus excédé que l’étude de RFF sur la réouverture de la ligne Carnoules-Gardanne prend du retard, ce qui contraint l’association à annuler « La Fête du train » qui devait se tenir à Brignoles le 14 avril prochain. Cette journée devait permettre de réunir 4000 personnes et d’annoncer des pré-résultats qui auraient pu motiver les décideurs. Une autre association basée à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume est contre la réouverture de la ligne. Elle se compose essentiellement de riverains à qui ont a vendu des terrains viticoles devenus constructibles le long de la voie ferrée, en leur assurant qu’aucun train ne passerait plus. « On aurait jamais du laisser faire et pourtant y a une centaine de maisons dans ce cas-là. Et des constructions se font encore », assure Henri-Alexandre Jourdan, membre de l’Association de riverains contre la remise en service de la ligne Carnoules-Gardanne.
Du côté de l’Association pour la réouverture de la ligne ferroviaire des Arcs-sur-Argens à Draguignan (ARLIFAD) deux scenari sont envisagés : soit un bus à haut niveau de service (BHNS) soit un tramway-train. « Le but n’est pas seulement de rouvrir la ligne existante mais de la raccorder directement sur la ligne nationale afin de désenclaver la Dracénie et de réduire l’usage de l’automobile », tient à préciser Robert Caire, président de l’ARLIFAD, qui sans rejeter le BHNS préfèrerait un tram-train. Soutenus par la région et RFF, ils constatent un désengagement du Conseil général du Var qui ne répond pas à leurs sollicitations. « on sait pourquoi : ils ont le monopole des cars !, proteste Robert Caire. Et si demain il y a un train, pour eux c’est un concurrent. » Du côté du CG 83, la majorité UMP n’a pas donné suite à notre demande d’entretien. André Guiol, maire de Néoules (83) et conseiller général PS, membre de la commission « déplacements, communication et réseaux », n’a pas senti « d’antinomie » entre les deux modes de transports. « La solution est dans la complémentarité pour allier le train au car, affirme-t-il. Mais il ne faut pas oublier que Var Lib fait son travail dans les villages isolés qui ne sont pas tous équipés d’une gare. » Var Lib annonce sur son site internet 2 millions de passagers par an…
Cadré par les économies
La ligne Pertuis-Cavaillon est à l’étude, mais RFF précise que le potentiel de voyageurs est faible et que la desserte en bus est satisfaisante. Reste aux décideurs à donner leurs avis. Concernant Aix-Rognac, à l’étude aussi, ce sont les passages à niveau qui risquent de poser problème. Les études en cours ne seront pas toutes réalisées et celles qui le seront prendront des années. Avec le gel des dotations de l’Etat aux collectivités sous Sarkozy, et dont la prolongation pour 2014 a été annoncée par Jean-Marc Ayrault en février dernier, la région soutient les projets mais se trouve rapidement confrontée à la question du financement.
« On est cadré par une politique d’économies, on ne bénéficie pas du versement transport et depuis 2002, on n’a plus de part sur la taxe d’habitation, précise Gérard Piel, conseiller régional, vice-président du groupe Front de Gauche. On pourrait imaginer un développement de l’offre TER qui pourrait être de l’ordre de 20 à 40 millions sauf que pour le moment la région n’a pas les moyens financiers de ce développement. » Et Jean-Yves Petit, actuel vice-président EELV en charge des transports à la région de préciser : « Chaque année, la région dépense environ 100 millions d’euros, divisés entre les infrastructures, les haltes et les gares et l’achat du matériel roulant qu’elle assume seule… » Ce n’est pas tout de vouloir rouvrir des lignes, juge le secrétaire CGT des cheminots d’Avignon, encore faut-il penser à la sécurité de chacun. « Sur la ligne Marseille-Aix, es incivilités sont nombreuses par manque de personnel, explique Michel Musumeci. Aujourd’hui, les contrôleurs vont travailler la boule au ventre, et les gares se déshumanisent pour n’être plus que des bornes automatiques… »
Samantha Rouchard
1. Classée défense nationale, la ligne est entretenue par l’armée. C’est la seule qui permettrait, en cas d’attaque du viaduc de Bandol, de transporter des chars d’assaut en gare de Toulon…

Et la LGV ?

En juillet dernier, Jérome Cahuzac, feu ministre du budget, semblait enterrer la Ligne à grande vitesse par soucis d’économies. Les associations qui luttent contre le projet ont a peine eu le temps de se réjouir que RFF leur a pondu « La Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur ». Un projet revu à la baisse qui se ferait en phasage, morceau par morceau, et qui éliminerait la notion de grande vitesse. Les associations restent vigilantes face à, selon eux, « une LGV qui avance masquée ». L’évaluation des différents projets par la commission « Mobilité 21 » (composée de parlementaires et d’experts) rendra sa réponse fin avril, la décision du gouvernement devrait suivre.
S. R.