Scions, scions du bois… Alors que Marseille est
dans le top « 10 » des villes de France les plus polluées aux
particules, ses espaces verts disparaissent sous le béton…
Place
de Lenche (Marseille 2ème)
un dimanche après-midi en plein cagnard, les touristes
s’amassent sous les quelques parasols venus, depuis juin,
remplacer les neuf arbres - dont un centenaire - qui
ombrageaient la place. « Ça
faisait un moment que les commerçants appelaient pour prévenir
qu’un arbre menaçait de tomber sans que personne de la
mairie ne se déplace. Finalement, à cause du mistral,
il est tombé et pour un arbre dangereux, ils les ont tous
abattus ! »,
précise
Emilie Kassentini, habitante du quartier. Elle est à l’origine
du Collectif des arbres de la place de Lenche qui s’est créé
dans la foulée.
Pour
calmer le jeu, la mairie a octroyé une aide pour l’achat
de bâches et a exonéré les commerçants de
droits de terrasse. De nouveaux arbres sont promis pour fin novembre…
« Il
n’y a
pas de véritable conscience écologique, on a
l’impression que les arbres ne sont que du mobilier urbain
interchangeable »,
rajoute Emilie Kassentini. Michèle Poncet-Ramade, présidente
du groupe Europe écologie les Verts au conseil municipal, a
dénoncé « un
massacre à la tronçonneuse »
et demandé des explications à Anne-Laure Caradec ,
adjointe UMP en charge des espaces verts, dans une lettre restée
sans réponse, comme notre demande d’interview réitérée
trois fois.
Feuille,
ciseau, caillou
Le
« livre noir » publié par le collectif
Laisse Béton, qui regroupe
plusieurs
associations luttant contre le bétonnage à Marseille,
liste de façon non exhaustive les espaces verts menacés :
le jardin Michel Lévy (6ème),
les grands pins de la porte d’Aix (2ème),
l’espace Corderie (7ème),
le Roucas Blanc (7ème),
les arbres centenaires du quartier de la Soude (8ème),
le parc de la bastide La Denise (11ème),
le parc Chanterelle (1er),
un tiers du parc Longchamp (4ème)…
Des parcelles vendues par la ville à des promoteurs comme
Eiffage, Vinci, Nexity qui comptent bien y construire des immeubles,
des villas, des parkings, etc.
Laurette
Le Merre est trésorière de l’association pour la
protection du site arboré de Chanterelle (1er) :
« On
a fait appel [ndlr :
suite
au rejet en mars dernier du recours contentieux déposé
auprès du tribunal administratif de Marseille en août
2012]
car les engagements pris par la municipalité lorsqu’elle
a acheté ce terrain en 2004 - garder un maximum d’espaces
verts et des constructions destinées à l’intérêt
collectif - n’ont pas été respectés. »
Même si, suite aux recommandations de l’architecte de
France, les promoteurs, Eiffage immobilier et la Caisse des dépôts,
ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, de gros
immeubles sont toujours programmés dans ce qui aurait dû
être initialement un poumon vert !
Ville
au bord de l’asphyxie
Un
palmarès des « villes vertes »de
L’Express,
classait déjà en 2009 Marseille au dernier rang des 20
plus grandes villes françaises concernant la superficie des
espaces verts urbains avec 7,6 m2
par habitant (contre 68 m2
pour Strasbourg). Pour Christian Pellicani (PCF), conseiller
municipal « rouge » tendance « vert »,
ça n’a pas évolué dans le bon sens :
« Il
n’y a aucune création d’espaces verts dans le plan
local d’urbanisme.
La mairie se contente de dire qu’avec le parc national des
Calanques, le Massif de la Nerthe et le Massif de l’Etoile,
Marseille affiche un taux d’espaces verts important. Mais en
terme d’écologie urbaine, on va plutôt vers une
minéralisation. Il n’y a qu’à voir le Vieux
Port ! »
Pour
Michèle Poncet-Ramade,
« on
perd nos espaces publics, Marseille devrait avoir 400 squares au
moins ! ».
Pour l’heure, la plupart sont fermés ou peu entretenus.
Dans le budget primitif 2013 de la Ville, les espaces verts sont
noyés dans la rubrique « environnement »
dont le budget alloué arrive en avant-dernière position
avec 80,5 millions d’euros. « Peu
de moyens humains sont donnés aux espaces verts »,
déplore Christian Pellicani. Le parc Longchamp n’est pas
épargné. Passé la restauration de sa fontaine,
de ses « fabriques » et des cages de l’ancien
zoo, c’est la bérézina : herbe calcinée,
déjections canines et poubelles qui débordent. Les
animaux - heureusement factices - du Funny Zoo sont étêtés,
éventrés ou amputés. Un gardien nous explique
qu’ils travaillent par équipe de cinq mais que la nuit
personne ne surveille le parc :
« Il
y a une caméra, je crois, mais elle ne couvre pas toute la
superficie ! »
Le futur parking souterrain de plus de 500 places - dont
la construction nécessitera d’abattre de nombreux
arbres -
sera probablement mieux protégé ! « Pour
l’instant, le dossier est bloqué mais nous restons
vigilants car cet été un arbre a été
abattu, déplore
Marie-Ange Andreï de SOS Longchamp. Voyez
celui-ci cerclé de vert, il va l’être aussi ! »
Samantha
Rouchard