Le 8 et 9 juillet dernier dans le cadre du Festival de danse et des arts multiples de Marseille (FDAmM), la Salle Vallier accueillait Amour, acide et noix, œuvre du chorégraphe québecquois Daniel Léveillé. Un spectacle créé en 2001, présenté pour la première fois à Marseille et mettant en scène quatre danseurs nus qui à travers une chorégraphie et un décor dépouillés évoquent l’immense solitude humaine.
L’Amour, c’est le besoin premier; l’acide c’est la substance qui rend la vie supportable et les noix, c’est la nourriture terrestre, vitale à chacun. Amour, acide et noix, c’est l’essentiel dépouillé du superflu : 4 danseurs dénudés, pas de décor et des mouvements chorégraphiques épurés. Cette œuvre est née en 2001, de la rencontre du chorégraphe québecquois, Daniel Léveillé avec un jeune junky qui lui a laissé entrevoir, pendant sept ans, une dureté de vie et une immense solitude qu’il ne soupçonnait pas. Même si la nudité des danseurs n’était pas un choix premiers, elle a fini par s’imposer à lui comme une évidence.
L’éclairage de la salle s’éteint, au fur et à mesure que celui de la scène s’allume et laisse découvrir un espace vide, sans décor. Un bloc de quatre danseurs, trois hommes et une femme, fait son entrée, ils marchent au pas, d’abord de profil puis de face. La lumière est sans concession, elle montre au public des corps sans artifice jusqu’à laisser apparaître la pilosité, la transpiration, les côtes et les mouvements de respiration. La musique est celle de Vivaldi (Les quatre saisons) qui se poursuivra pendant tout le spectacle, entrecoupée parfois, de morceaux rock ou techno. La musique baroque contraste avec la chorégraphie plus classique, proche même de la gymnastique rythmique. Le premier solo est celui de la danseuse, ses mouvements sont sans grâce, son visage n’exprime aucun sentiment, elle exécute simplement ses mouvements. Puis une sorte de musique techno allemande vient remplacer les violons de Vivaldi et un danseur la rejoint, afin de former avec elle un duo. La lumière, en sculptant son corps, donne à voir la musculature de l’homme. Les portés vont s’enchaîner, on entend la pesanteur des corps retombés au sol, ce qui laisse penser qu’on est plus dans des mouvements de gymnastique, qui ne cherchent pas à cacher l’effort, que dans des mouvements de danse où l’esthétique camoufle le travail effectué et la difficulté. Les moments de sensualité ou même de tendresse qui pourraient avoir lieu, sont à chaque fois avortés : quand la jeune femme tente de serrer l’homme dans ses bras, il rompt le lien et le transforme en un porté. Comme si chaque mouvement devait avoir son utilité et comme si en dansant ensemble chacun restait pour autant dans sa solitude. Les danseurs vont alors se succéder en solo, duo ou quatuor dans un espace limité au sol par un carré. La plupart des mouvements chorégraphiques vont se répéter comme les portés ou les mouvements de tendresse avortés… les saisons passent, et les danseurs s’exécutent ensemble, sans jamais s’atteindre vraiment…
Les artistes ont longuement été applaudis par le public qui a su tenir jusqu’à la fin du spectacle, en effet, beaucoup avaient quitté la salle avant, une salle qui n’était déjà remplie qu’à moitié. Rien à dire sur la prestation des danseurs, sur leur concentration à exécuter au mieux le mouvement et surtout sur ce dépassement de soi à se mettre à nu totalement pendant une heure, face au public. Ce qui a plus dérangé, c’est la chorégraphie en elle-même, cette impression de déjà vu à chaque section, c’est assommant et rébarbatif, même si ça participe à cette immense solitude de l’être humain que souhaite mettre en avant le chorégraphe. C’est réussi, on se sent vraiment seul pendant une heure ! Concernant la nudité des danseurs, elle ne choque pas car elle devient rapidement un costume de scène. Tout de même, un mouvement reste assez dérangeant, celui où la fin de chaque section, le danseur se met dos au public et se cambre jusqu’à dévoiler entièrement sa croupe, si c’est utile ou pas, chacun appréciera… surtout le premier rang !
Par Samantha ROUCHARD
Publié en Juillet 2011 sur La Revue Marseillaise du Théâtre
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