Driss Aroussi, de photographies en poésie

Jusqu’au 21 mai 2011, les ABD Gaston-Deferre (Marseille 3ème) accueillent l’exposition "En Chantier" proposée par le photographe Driss Aroussi qui, à travers ses clichés, parvient à rendre poétiques les objets divers, abandonnés sur les chantiers de construction. A cette occasion, rencontre avec l’artiste.
 

Driss Aroussi-Photo Samantha Rouchard
« Je suis un glaneur d’images », c’est en ces termes simples que se définit le photographe toulonnais d’origine marocaine, Driss Aroussi qui expose depuis le 14 janvier et jusqu’au 21 mai 2011 à l’ABD Gaston-Deferre (Marseille 3ème).
En Chantier est le titre de son exposition qui regroupe des portraits de travailleurs certes, mais surtout, ceux d’objets laissés, abandonnés sur le lieu de travail, une paire de bottes, des palettes ou un parpaing « Ce n’est pas un lieu choisi au hasard, pour moi c’est le symbole du travail de l’homme mais sans que ça devienne une obsession dans mon travail de photographe. Je ne fais pas de l’illustration mais de l’art et en montrant des objets plus que des êtres humains, je voulais éviter le côté « pathos » du chantier ».
Une poésie qui s’impose
C’est dans le but affirmé de ne pas faire du documentaire que Driss Aroussi a choisi de ne pas mettre en scène les éléments qu’il photographie « J’essaie de déplacer le moins possible les objets. D’ailleurs mes images sont frontales ». L’artiste préfère jouer avec la lumière qu’avec la technique. L’humain, sa trace, son passage restent sous-jacents, mais sa présence rare (hormis quelques portraits). L’objet devient alors un sujet à part entière qui émeut, qui touche au plus profond par sa singularité et dont se dégage une infinie poésie.
Qui pourrait croire qu’une paire de bottes en caoutchouc puisse émouvoir autant ?
C’est vrai qu’au premier abord on n’a pas vraiment tendance à associer la poésie au chantier de construction. Driss Aroussi donne une explication simple et juste « Dans les objets photographiés, il y a l’idée d’un équilibre fragile, d’une relation éphémère avec la lumière qui fait que l’objet posé là, devient une sculpture ». Les éléments du labeur quotidien se transforment alors en œuvres d’art.
Le philosophe Jean Cristofol, qui introduit l’exposition, parle de « petits poèmes muets » et Driss Aroussi évoque Francis Ponge et son recueil « Le Parti pris des choses » où par le biais des mots, des objets sans prétention prennent une toute autre dimension.
Un lieu qui dispose
Le choix du lieu ne s’est pas fait par hasard « Le chantier c’est le prolongement d’un travail précédent fait sur les zones agraires dans Le Var.
La trace de la main de l’homme est toujours sous-jacente dans mon travail photographique.
Le chantier c’est aussi l’idée d’un espace en transformation ». Driss Aroussi « glane » ses images depuis cinq ans environ, au début il se rendait sur les chantiers, le soir après le départ des ouvriers « mais la lumière était toujours la même » puis, il a fini par investir les lieux en journée. Son choix de sujets photographiques est sûrement lié, aussi, à son parcours personnel. En effet, l’artiste de 32 ans se destinait d’abord à un métier plus manuel en obtenant un bac-pro de réparateur en électroménager, avant de changer de voie et de tenter l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence dont il est sorti diplômé avec les félicitations du jury.
Driss Aroussi est devenu artiste, et le talent ne manque pas pour celui qui affirme pourtant, avec modestie, avoir choisi la photo « Parce que c’est plus facile et parce qu’on ne se salit pas les mains ! ».

Par Samantha Rouchard

Publié sur le site Culture13.fr
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