Moi et Mon cheveu : Parle-moi de tes cheveux, je te dirai ta part d'Histoire...

 AVANT PAPIER
Moi et Mon cheveu, prend le prétexte capillaire pour vous parler de la femme africaine ou métissée et de son histoire, bien plus profonde. Des cheveux défrisés aux cheveux libérés et enfin assumés, La Compagnie La Part du Pauvre, vous invite aux avant-premières de son « Cabaret capillaire » du 10 au 18 février, sur la scène du théâtre
des Bernardines.
 
« Comprendre, réaliser le lien, s’il existe, entre son cheveu et celui de ses ancêtres qu’on attrapait pour les mettre de force dans ces bateaux de malheur. » c’est ainsi que  Marie-Louise  Bibish Mumbu, écrivain et auteur des textes de Moi et mon cheveu, résume, en une phrase,  le sujet de la pièce. Ce « Cabaret capillaire », comme Eva Dumbia, metteur en scène, aime à le sous-titrer, sera présenté du 10 au 18 février, par La Compagnie La Part du Pauvre, au théâtre des Bernardines.


Cette pièce chantée et dansée, Moi et mon cheveu, Eva Doumbia l’a murie mèche après mèche. En effet, atteinte d’une alopécie de traction, conséquence des traitements capillaires qu’elle faisait subir à son cuir chevelu (défrisage, tissage, tressage…), comme beaucoup de femmes aux cheveux crépus le font, elle consulte sa dermatologue et le verdict est sans appel : libérez vos cheveux ! Pour Eva, cela signifiait assumer, avec angoisse, cette crinière, cette part d’elle-même, cette différence que les afro et afro-descendantes mettent tant d’énergie à dissimuler.  Eva s’est interrogée, non sur le comment vais-je me montrer au monde dans ce que j’ai de plus intime ? Mais sur le pourquoi, je crains tant d’affirmer ma différence ?  De cette réflexion sur l’Essence même de ses origines, est né Moi et mon cheveu.

Une histoire commune
Elle décide alors de partir à la rencontre de ces femmes, congolaises, béninoises, capverdiennes, brésiliennes, etc…  africaines ou métissées. A Kinshasa, elle retrouve celle qui « posera des mots sur ses questions », Marie-Louise Bibish Mumbu, auteur dont elle apprécie la verve et l’humour et qu’elle embarque dans l’aventure. Ensemble, elles animent  des ateliers à travers toute l’Afrique. Elles vont chercher à comprendre pourquoi la femme noire n’assume pas ses cheveux crépus et se  barbarise  autant le cuir chevelu, pour atteindre un idéal capillaire qui serait défrisé et facile à coiffer. Elles découvrent alors que sous les tresses ou les perruques, il y a l’Histoire. Une histoire commune, celle d’un peuple, de sa mise en esclavage, de sa la colonisation et aussi, de son exil.

L’affirmation de soi
De leur voyage initiatique, Eva ramène des chansons et des artistes, Marie-Louise ramène des mots, afin de se réapproprier l’Histoire. Moi et Mon cheveu, vous embarque à l’origine, et vous débarque à Marseille, ville du métissage, à la confluence des cultures, où africaines défrisées côtoient les Nappy, (ndrl: Contraction de Natural & Happy, Naturelle et heureuse), cette nouvelle génération de femmes, à la tignasse crépue, qui ose mettre en avant sa singularité. Ainsi, conclut Eva  « l’affirmation de soi passe, obligatoirement, par l’affirmation de ses différences ». 

Par Samantha Rouchard 

Publié en Février 2011 sur le site Culture13.fr