Le 24 et 25 juin dernier, dans le cadre du Festival de danse et des arts multiples de Marseille (FDAmM), Akram Khan, chorégraphe britannique, présentait son œuvre Vertical Road. Sorte de conte spirituel inspiré du soufisme porté par huit danseurs qui cherchent à quitter l’axe horizontal de leur mortalité pour atteindre celui vertical de la spiritualité.
Vertical road c’est d’abord un chorégraphe Akram Khan, britannique originaire du Bengladesh connu pour son style chorégraphique qui mêle le Kathak, danse traditionnelle d’Inde du nord à la danse contemporaine occidentale. Vertical road c’est aussi la diversité culturelle de ses huit danseurs venus d’Asie, d’Europe et du Moyen Orient qui interprètent les anges de ce conte spirituel qui tentent de se tracer un chemin vers le Zénith. Inspiré par la pensée du philosophe persan Roumi, instigateur du soufisme, Akram Khan cherche à montrer que le monde ne peut exister sans spiritualité.
Une musique apocalyptique, comme une longue complainte, un spectateur qui reste dans l’obscurité la plus totale jusqu’à ce qu’une lumière naissante laisse apparaitre un rideau translucide à travers lequel un être semble se débattre. Il n’aurait pu être qu’une ombre chinoise, comme dans beaucoup de spectacle d’Akram Khan (Gnosis), mais la chorégraphie de ses poings sur la toile donne du relief et forme un mouvement de vague verticale. Le corps arrête ses gesticulations désespérées et passe le relais aux sept danseurs, recroquevillés sur le sol, face aux spectateurs. Ils semblent se réveiller d’un long sommeil et soulèvent dans chacun de leurs mouvements, une sorte de poussière d’os dont la lumière sublime les particules. Une lumière qui occupe une place importante dans les compositions d’Akram Khan, elle caresse les corps, elle les devine en ombre chinoise et participe, comme ici, au message de l’artiste. Dans Vertical Road, la lumière est douce et tamisée et donne un ton Sépia comme si la scène était intemporelle. La musique quant à elle, se fait de plus en plus dense, comme un cœur qui palpite de plus en plus vite, tout en tension comme les corps des danseurs. C’est le britannique Nitin Sawhney qui a composé la bande son de Vertical Road. Sa musique mélange les influences sud asiatiques, l’électronique et le breakbeat, un rythme qui colle parfaitement aux chorégraphies d’Akram Khan. Les danseurs portent des tenues ocre japonisantes, sorte d’habits traditionnels de combat, sublimée par la chorégraphie et les mouvements indiens du Khatak et parfois ceux plus obscurs du Butô. Salah El Brogy, danseur d’origine égyptienne, est le huitième interprète, chevelu et barbu, il s’impose comme celui qui dirige les autres. Il est une sorte de guide spirituel qui mettra tout en œuvre, tout au long du spectacle, pour faire accéder ces anges à l’autre côté du rideau. Le guide a tout pouvoir sur le mouvement des corps des danseurs. Sa main décide de les jeter à terre, de les attirer à lui, de les repousser, ou de les faire tourner tels des derviches. Chaque interprète semble être le pantin de Salah, avec plus ou moins de résistance. C’est tout le corps qui parle, qui lutte, se débat mais finit par céder.
La musique se fait plus lente, Salah se retrouve seul devant le rideau, les sept autres sont passés de l’autre côté, de la mortalité à la spiritualité.il regarde leurs mains se dessiner sur la toile et lui donner du relief, il tente d’y apposer la sienne mais la main disparaît. Ils ne sont déjà plus d’ici… et dans un grand fracas, le rideau translucide tombe.
Un spectacle d’une force rare et une vraie performance pour ces huit danseurs qui tiennent la scène pendant 70 minutes dans une chorégraphie effrénée. Les corps sont en tension, la musique aussi, du coup le spectateur ne lâche rien. Il a peut être du mal à saisir les clefs de l’histoire, mais croyant ou agnostique, ça ne gâche en rien le plaisir qu’il prend à voir les artistes évoluer sur scène, jusqu’à éprouver une certaine empathie. Il aurait peut être eu envie de reprendre sa respiration, mais ni la chorégraphie, ni le tempo n’ont laissé le temps pour ça, mais c’est ce qui a permis aussi de ne pas le perdre en route… Le spectateur a le souffle coupé, au sens propre comme au figuré !
Par Samantha ROUCHARD
Publié en Juillet 2011 sur La Revue Marseillaise du Théâtre
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