De nombreux collectifs se mobilisent pour la
réouverture de lignes TER dans la région. Beaucoup de dossiers sont à
l’étude mais l’engagement des politiques et les financements manquent à
l’appel…
Depuis
vingt ans, Lisette Lopez travaille en gare de Brignoles (83),
mais elle n’a vu passer aucun train si ce n’est ceux de
l’armée (1) ! Alors qu’on débat
sur la Ligne à grande vitesse (LGV) – pudiquement
rebaptisée Ligne nouvelle - de nombreuses voies de chemin
de fer, pour beaucoup en état, sont en sommeil depuis des
années. C’est le cas de la ligne Carnoules-Gardanne (83
et 13) qui passe par Brignoles. Mais aussi de celle qui relie Les
Arcs à Draguignan (83), ou encore l’axe Aix-Rognac (13)
ou Cavaillon-Pertuis (84). Pour Philippe Chesneau, conseiller
régional EELV, la région est sous-équipée :
« En
Rhône-Alpes, ils ont un vrai réseau, pas chez nous. Et
on va s’en mordre les doigts à force de tout miser sur
l’automobile, alors que l’essence est de plus en plus
chère. »
Marc
Svetchine assure que la priorité est la rénovation du
réseau existant.
« En Paca 150 000 personnes prennent le TER tous les
jours, explique
le
directeur
régional de Réseau Ferré de France (RFF).
Cette année, on va investir 260 millions d’euros. Il y a
trois ans on était à 100 millions d’euros.
Pendant près de quarante ans les rails ont été
oubliés au profit des voitures et des camions. Désormais
il faut moderniser tout un réseau pour rattraper le retard. »
Pour l’instant, la seule réouverture programmée
est celle de Sorgue-Carpentras (84), prévue en décembre
2014, pour un coût de 80 millions d’euros. Inscrit dans
le contrat de Projets Etat-Région (2007-2013), les travaux
sont financés à 24 % par l’Etat, à
même hauteur par le Conseil régional, à 18 %
par le Conseil général du Vaucluse et à 12,50 %
par RFF, le reste étant à la charge des communautés
d’agglo et des communautés de communes concernées.
Pour 40 millions d’euros supplémentaires, les voyageurs
auront même droit à la virgule qui reliera Avignon gare
TER et Avignon gare TGV qui s’effectue actuellement en bus.
« Et
qui coûte 40 fois plus cher que si elle avait été
réalisée au moment de la construction de la gare TGV,
comme nous l’avions préconisé à l’époque
… »,
rajoute Michel Musumeci, secrétaire CGT des cheminots
d’Avignon.
Réduire
l’usage de l’auto
Pour
de nombreux collectifs, l’exemple d’Avignon-Carpentras
est un élan à suivre même s’ils savent que
la volonté politique y est pour beaucoup. En 2006, les maires
des communes concernées s’étaient mobilisés
pour la réouverture de la ligne. On se souvient aussi, dans
Les Alpes-Maritimes, de la détermination d’André
Aschieri, maire écologiste de Mouans-Sartoux pour la
réouverture de Cannes-Vintimille en 2005. Dans le Var,
Jean-Claude Pernoud, président de l’association « Train
avenir du centre Var » considère que les élus
locaux ne se bougent pas assez. Il ne mâche pas ses mots pour
parler de leur inertie : « Conseillers
régionaux, maires, etc, tous disent qu’ils sont tous
attachés à la réouverture des lignes TER, mais
finalement il n’y a que leurs intérêts et leur
profit personnels qui les intéressent, le reste ils s’en
foutent. »
Jean-Claude
Pernoud est d’autant plus excédé que l’étude
de RFF sur la réouverture de la ligne Carnoules-Gardanne prend
du retard, ce qui contraint l’association à annuler « La
Fête du train » qui devait se tenir à
Brignoles le 14 avril prochain. Cette journée devait permettre
de réunir 4000 personnes et d’annoncer des pré-résultats
qui auraient pu motiver les décideurs. Une autre association
basée à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume est contre la
réouverture de la ligne. Elle se compose essentiellement de
riverains à qui ont a vendu des terrains viticoles devenus
constructibles le long de la voie ferrée, en leur assurant
qu’aucun train ne passerait plus. « On
aurait jamais du laisser faire et pourtant y a une centaine de
maisons dans ce cas-là. Et des constructions se font
encore »,
assure Henri-Alexandre Jourdan, membre de l’Association de
riverains contre la remise en service de la ligne Carnoules-Gardanne.
Du
côté de l’Association pour la réouverture
de la ligne ferroviaire des Arcs-sur-Argens à Draguignan
(ARLIFAD) deux scenari sont envisagés : soit un bus à
haut niveau de service (BHNS) soit un tramway-train. « Le
but n’est pas seulement de rouvrir la ligne existante mais de
la raccorder directement sur la ligne nationale afin de désenclaver
la Dracénie et de réduire l’usage de
l’automobile », tient
à préciser Robert Caire, président de l’ARLIFAD,
qui sans rejeter le BHNS préfèrerait un tram-train.
Soutenus par la région et RFF, ils constatent un
désengagement du Conseil général du Var qui ne
répond pas à leurs sollicitations.
« on sait pourquoi : ils ont le monopole des cars !,
proteste
Robert Caire.
Et si demain il y a un train, pour eux c’est un concurrent. »
Du côté du CG 83, la majorité UMP n’a pas
donné suite à notre demande d’entretien. André
Guiol, maire de Néoules (83) et conseiller général
PS, membre de la commission « déplacements,
communication et réseaux », n’a pas senti
« d’antinomie »
entre
les deux modes de transports. « La
solution est dans la complémentarité pour allier le
train au car, affirme-t-il.
Mais il ne faut pas oublier que Var Lib fait son travail dans les
villages isolés qui ne sont pas tous équipés
d’une gare. » Var
Lib annonce sur son site internet 2 millions de passagers par an…
Cadré
par les économies
La
ligne Pertuis-Cavaillon est à l’étude, mais RFF
précise que le potentiel de voyageurs est faible et que la
desserte en bus est satisfaisante. Reste aux décideurs à
donner leurs avis. Concernant Aix-Rognac, à l’étude
aussi, ce sont les passages à niveau qui risquent de poser
problème. Les études en cours ne seront pas toutes
réalisées et celles qui le seront prendront des années.
Avec le gel des dotations de l’Etat aux collectivités
sous Sarkozy, et dont la prolongation pour 2014 a été
annoncée par Jean-Marc Ayrault en février dernier, la
région
soutient
les projets mais se trouve rapidement confrontée à la
question du financement.
« On
est cadré par une politique d’économies, on ne
bénéficie pas du versement transport et depuis 2002, on
n’a plus de part sur la taxe d’habitation,
précise Gérard Piel, conseiller régional,
vice-président du groupe Front de Gauche.
On pourrait imaginer un développement de l’offre TER
qui pourrait être de l’ordre de 20 à 40 millions
sauf que pour le moment la région n’a pas les moyens
financiers de ce développement. » Et
Jean-Yves Petit, actuel vice-président EELV en charge des
transports à la région de préciser :
« Chaque
année, la région dépense environ 100 millions
d’euros, divisés entre les infrastructures, les haltes
et les gares et l’achat du matériel roulant qu’elle
assume seule… »
Ce n’est pas tout de vouloir rouvrir des lignes, juge le
secrétaire CGT des cheminots d’Avignon, encore faut-il
penser à la sécurité de chacun. « Sur
la ligne Marseille-Aix, es incivilités sont nombreuses par
manque de personnel, explique Michel
Musumeci.
Aujourd’hui, les contrôleurs vont travailler la boule au
ventre, et les gares se déshumanisent pour n’être
plus que des bornes automatiques… »
Samantha
Rouchard
1.
Classée défense nationale, la ligne est entretenue par
l’armée. C’est la seule qui permettrait, en cas
d’attaque du viaduc de Bandol, de transporter des chars
d’assaut en gare de Toulon…
Et la LGV ?
En juillet dernier, Jérome Cahuzac, feu ministre du budget, semblait enterrer la Ligne à grande vitesse par soucis d’économies. Les associations qui luttent contre le projet ont a peine eu le temps de se réjouir que RFF leur a pondu « La Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur ». Un projet revu à la baisse qui se ferait en phasage, morceau par morceau, et qui éliminerait la notion de grande vitesse. Les associations restent vigilantes face à, selon eux, « une LGV qui avance masquée ». L’évaluation des différents projets par la commission « Mobilité 21 » (composée de parlementaires et d’experts) rendra sa réponse fin avril, la décision du gouvernement devrait suivre.S. R.