En octobre devraient se tenir des primaires,
ouvertes au-delà des seuls socialistes, qui donneront la possibilité
aux Marseillais et aux Aixois de choisir leur candidat PS pour les
prochaines municipales. Entre clientélisme et problème d’ego, reste à
cadrer tout ça…
Harlem
Désir, le premier secrétaire du Parti socialiste, a
réuni au siège national, le 12 septembre, la fine fleur
du PS 13 pour discuter des primaires « ouvertes »
aux élections municipales en 2014. Etaient présents le
1er
fédéral des Bouches-du-Rhône et candidat sur
Aix-en-Provence, Jean-David Ciot, ainsi que les prétendants
déclarés à Marseille : Samia Ghali,
sénatrice-maire des quartiers Nord, et Eugène Caselli,
président de l’agglomération marseillaise (1).
Mais aussi les « pas encore mais presque »
comme Patrick Mennucci, député-maire du centre-ville.
Quand à Marie-Arlette Carlotti, ministre en charge des
handicapés, elle a décliné l’invitation.
« Si elles se
passent mal, les primaires peuvent nous faire perdre la mairie de
Marseille », a-t-elle
déclaré, fin janvier à 20
Minutes, redoutant que le
dispositif ne favorise Jean-Noël Guérini. Et puis il y
aussi le postulant qu’on n’a pas invité, le député
Henry Jibrayel : « On
en a fait un foin de cette réunion, je l’ai apprise la
veille. Ils ont préféré recevoir Mennucci pas
Jibrayel, c’est pas grave ! »
Il a été intégré, après coup, au
groupe de réflexion…
Entrisme
de droite ?
Le
Think tank Terra Nova et son feu fondateur Olivier Ferrand, député
PS des Bouches-du-Rhône, après avoir imaginé les
primaires pour la présidentielle, en défend désormais
le principe aux élections locales. « A
Avignon, 8000 personnes se sont déplacées pour les
primaires à la présidentielle alors qu’il n’y
a que 300 militants socialistes dans le Vaucluse !, souligne
Jean-François Césarini, de Terra Nova 84. En les
ouvrants à tous les sympathisants, ça permet au peuple
de gauche de choisir. Et c’est le sens de la démocratie
que d’élargir la base électorale. »
A
Avignon justement, les primaires séduisent Christine
Lagrange, conseillère régionale et candidate déclarée,
« pour faire émerger des personnalités
qui ne sont pas adoubées par le système »
(le Ravi, septembre 2012). Mais elles n’enthousiasment
pas Cécile Helle, vice-présidente à la Région
elle aussi candidate déclarée, ainsi que la députée
du Vaucluse Michèle Fournier-Armand, qui n’a pas encore
officialisé ses intentions. « Le risque existe
que des militants de droite décident de voter aux primaires
pour choisir eux-mêmes le candidat PS », redoute
cette dernière. Jean-François Césarini,
proche de Paul Hermelin, conseiller municipal qui pourrait postuler
aux primaires avignonnaises, se veut rassurant : « On
a vu des urnes qui se perdent à Aix, ou des votes dans des
coffres de voiture à Avignon, mais c’était dans
des sections fermées où il y avait peu de gens. On ne
peut pas imaginer plus de magouilles dans les primaires qu’il
n’y en a eu dans nos partis ! Mais il est quasiment
impossible de tricher quand la masse est énorme. »
Vraiment
ouvertes ?
Au
PS 13, certains voient dans les primaires une occasion de faire table
rase du passé : « Ça fait dix ans
que je me dis favorable à des primaires et d’autant plus
sur Marseille où le parti socialiste doit enfin se libérer
du guérinisme », précise Patrick
Mennucci. Une pré-élection qui offrirait une légitimité
à celui qui représentera une gauche unie face à
des municipalités de droite bien ancrées. En attendant,
l’heure est à la division. Le groupe socialiste
d’opposition à la mairie de Marseille a demandé à
Mennucci de renoncer à la présidence qu’il
occupait depuis 2008, l’accusant de jouer perso ! Parmi les
frondeurs : Samia Ghali et Eugène Caselli, futurs
adversaires du député. A Aix, où il n’y a
pas non plus de leader incontesté, la conseillère
régionale PS Gaëlle Lenfant, candidate non déclarée,
estime qu’une primaire est « la méthode la
plus à même de construire une dynamique et d’éviter
les dissidences ». Dans sa ville, les candidats
potentiels sont légions : André Guinde, Jacques
Agopian, Jacky Lecuivre, Edouard Baldo…
Partout,
la liste risque de s’allonger si les primaires s’élargissent
aux candidats de la gauche plurielle. Le Modem avec François-Xavier
De Peretti, à Aix, et Jean-Luc Bennahmias, à Marseille,
est déjà dans les starting-blocks. « Notre
existence politique sur les deux villes est légitimée,
indique ce dernier. Ouvrir les primaires, permet d’envisager
des points de vue différents. » Certains comme
Jibrayel, préfèreraient rester « entre
socialistes ». Au PCF, pour l’instant pas
question d’y participer. « C’est de la
fausse bonne démocratie. Nous on travaille sur un projet et
pas sur un candidat providentiel », indique Jean-Marc
Coppola, conseiller régional Front de Gauche. Côté
PS, une charte de bonne conduite gérée par une haute
autorité indépendante devrait voir le jour sous peu,
histoire d’éviter les débordements verbaux. Sage
précaution…
Samantha
Rouchard
(1) Cet article a été rédigé fin février. Depuis,
la direction nationale du PS a placé sous tutelle la fédération
socialiste des Bouches-du-Rhône. Jean-David Ciot n’est donc plus le 1er
secrétaire. Depuis, dans l’attente d’une décision officielle, le 13
avril, Avignon ne semble plus figurer dans la courte liste des villes où
des primaires locales seront organisées... Et, depuis, l’affaire
Cahuzac secoue en profondeur le PS...