Le site remarquable de la Sainte-Baume est au
centre d’une bataille entre le maire du Plan d’Aups, qui veut y
installer du photovoltaïque, et des associations de défense de la
nature…
« Les
procès d’intention et les rancœurs politiques
viennent de personnes battues à deux reprises aux municipales.
Ces gens ne seront jamais élus car ils sont toujours
négatifs ! », s’énerve
Vincent Martinez. Le maire sans étiquette du
Plan-d’Aups-Sainte-Baume (83) estime qu’on s’acharne
sur lui alors qu’il ne veut que le bien écologique de sa
commune. Motif de la grogne ? Des panneaux photovoltaïques.
En 2009, il voulait positionner une centrale sur 23 hectares du Plan
des Vaches, dans le prolongement des fameuses Crêtes de la
Sainte-Baume. « Le maire a été
contraint d’abandonner suite à l’opposition des
services de l’Etat et à une forte mobilisation puisque
notre pétition a réuni 5500 signatures »,
précise Sylvie Coulomb. Trésorière de
l’association Objectif PNR (Parc naturel régional),
membre de l’association « Vivre, Partager
et Raisonner en Sainte Baume » (VPR), elle s’est
aussi présentée aux municipales de 2008 contre Vincent
Martinez. Pour Pascal Reinette, président d’Objectif
PNR, « ce projet n’est pas abandonné,
mais seulement en sommeil ».
Le
PLU ne plaît pas
Officiellement,
il est toujours question d’une centrale mais seulement de 9
hectares et désormais située sur un terrain communal
des Adrets de la Lare. Les associations protestent à nouveau.
Leur pétition en ligne recueillait fin décembre moins
de 400 signatures et dénonce toujours l’impact visuel
des panneaux photovoltaïques au cœur du parc naturel
régional en création. « On confond
le concept et l’application du concept sans discernement,
s’indigne Pascal Rainette, aussi guide de montagne. Qui
est contre les énergies douces ? Personne ! Mais
pourquoi mettre des panneaux photovoltaïques sur un site
remarquable et sacrifier des espaces naturels riches en
biodiversité ? On conçoit la nature comme
utilisable à l’infini. Ça ne viendrait pourtant à
l’idée de personne de recouvrir la cathédrale de
Chartres de panneaux ! »
Les
modifications du Plan local d’urbanisme (PLU) - l’enquête
publique se clôture le 18 janvier - pose problème à
VPR : « Quel intérêt de morceler
l’espace agricole ? A moins qu’on envisage à terme
de déclasser ces terres pour laisser le champ libre à
de nouvelles constructions... » En 2011, le
Tribunal administratif de Toulon avait donné raison à
l’association en annulant le PLU, version 2008, qui visait à
urbaniser les Adrets et les Amoures. La chambre d’agriculture
n’avait pas été avisée dans les délais
de cette révision et les documents graphiques soumis à
l’enquête publique étaient inexacts. En 20 ans, le
village s’est transformé en petite ville, passant de 361
habitants en 1990 à 1439 en 2012. « Il faudrait
freiner tous ces projets farfelus, tous ces lotissements, soupire
une habitante. Et respecter enfin la nature et la beauté
des choses. »
Pétri
de bonnes intentions
La
future centrale devrait rapporter 95 000 euros par an au Plan
d’Aups. « Je ne suis pas un collecteur d’impôts,
précise Vincent Martinez, cet argent servira la commune. »
Mais il insiste surtout sur la cohérence et la continuité
de la transition énergétique qu’il promeut depuis
des années : chaufferie collective fonctionnant avec de
la plaquette forestière, maisons en ossature bois ou équipées
de photovoltaïque. « Nous avons aussi créé
une station d’épuration biologique, la seule en Europe,
se félicite le maire. Notre commune est considérée
comme une référence nationale en matière de
développement durable. »
Philippe
Chesneau, co-président du groupe Europe écologie les
verts au Conseil régional, reconnaît les efforts du Plan
d’Aups. « Le vrai problème, c’est
l’impact paysager. Dans les villes c’est plus simple :
on peut mettre les panneaux sur les toits et il n’y a pas de
déperditions puisque l’énergie est utilisée
sur place. Au Plan d’Aups, le terrain communal choisi n’est
pas fertile. Rien n’empêche de le mettre en pâturage
une fois la centrale photovoltaïque installée. Le plus
important, c’est que le dialogue s’installe entre le
maire et les habitants, pour décider ensemble. »
Sauf que Vincent Martinez est plus connu pour ses gueulantes que pour
sa diplomatie. « La Région m’a pris
pour un couillon, et on ne me prend pas pour un couillon deux
fois ! », avait-t-il lancé, en mars
dernier, après sa non-élection à la présidence
du syndicat mixte du futur PNR. Autant dire que le « dialogue »
s’annonce musclé…
Samantha
Rouchard
