Cathos et élus UMP en tête, l’opposition au
« mariage gay » se radicalise. Et le Var, l’un des départements les
plus homophobes de France, est en pointe dans les défilés…
Homophobie décomplexée
Des exemples qui ne surprennent plus
SOS homophobie puisque, selon leur rapport 2012, le Var est le 5ème
département d’où proviennent le plus de témoignages de personnes qui se disent
victimes d’homophobie. Des chiffres en constante augmentation que l’association
dénombre autour de 30 pour le Var et 1556 au niveau national : « Depuis
la création de ce rapport [ndlr : 1997], SOS homophobie n’a jamais
enregistré autant de signalements. Le nombre de témoignages augmente ainsi de
5 % par rapport à 2010 », précise le rapport 2012 qui prend
en compte les témoignages 2011. Dans plus d’un cas sur trois, l’homophobie
est ancrée dans les rapports sociaux ’’Travail, famille, voisinage’’ ».
« Il est difficile de tracer tous les témoignages car beaucoup sont
anonymes, mais nous tenons à cet anonymat », précise Christophe Léger,
délégué régional de SOS homophobie.
La
descente en masse des cols Claudine et serre-têtes dans la rue pour s’opposer
au mariage gay en a décomplexé plus d’un. Le 17 novembre dernier, ils sont 8000
manifestants à Marseille, dont de nombreux Varois venus pour l’occasion. Un
défilé qui se veut areligieux mais relayé pourtant par monseigneur Dominique Rey,
évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, dont la pétition « Tous pour le
mariage » a battu des records avec plus de 117 700 signatures. Dans
le cortège, des vierges consacrées comme sœur Marie-Jeanne d’Arc qui « prie
pour que nos gouvernants retrouvent le bon sens ». En première ligne
du défilé, qui s’affiche aussi apolitique, s’affichent des élus UMP, écharpe
tricolore autour du cou. Parmi eux, le député de la 8ème circo du
Var et 1er adjoint à la mairie de Draguignan, Olivier
Audibert-Troin, un peu lâché par ses copains varois comme Jean-Michel Couve,
Geneviève Levy, Josette Pons ou Philippe Vittel qui eux aussi se sont prononcés
contre le mariage homosexuel mais n’ont pas fait le déplacement. « Vous
savez, le samedi est une journée chargée pour un député, ils avaient sûrement
autre chose à faire », se dépatouille-t-il.
Montée
de haine
Dans
les rangs, le message officiel est bien passé : pas de propos ouvertement
homophobes. Ils sont tous présents « pour défendre les valeurs de la
famille » et « pour le bien être de l’enfant ».
Mais au-delà de deux questions, les arguments de nos Varois se mordent la
queue. C’est le cas de Bénédicte (1), 83 ans, Toulonnaise à crucifix. Elle
nous rabâche d’abord « qu’elle n’est pas venue pour juger les
homosexuels […] j’en connais même deux ! »
Puis elle fini par lâcher : « J’ai été mariée et j’ai eu 4
enfants, un parcours normal, le reste n’est pas normal
mademoiselle ! » Aude, 18 ans, jeune « pop » en
devenir de Draguignan, dérape elle aussi : « Je défends le fait
qu’il y ait une nature humaine alors que l’homosexualité, elle, est contre
nature. » Pour Patrick Boulet, il y a de quoi s’inquiéter. « Dans
un café, un homme a lancé : "On va marier les PD !".
Ça faisait très longtemps que je n’avais pas entendu de tels propos, déplore
le conseiller municipal PS de Draguignan. Le climat actuel a fait resurgir
un débat latent et une montée de haine et d’homophobie. » L’élu
d’opposition se propose de marier les couples homosexuels que son maire UMP,
Max Piselli, se refuse à unir.
Paca
est pourtant la première région à avoir adopté une motion de lutte contre
l’homophobie en 2011, à l’initiative des écologistes. SOS homophobie anime de
nombreux ateliers auprès des jeunes. « Le rectorat de Marseille-Aix
prend le sujet à cœur et a envoyé un mail aux chefs d’établissement en ce sens,
note Christophe Léger. Le Var dépend du rectorat de Nice (2), et c’est
plus compliqué car nous n’avons aucune antenne à Toulon et seulement 10 membres
dans le Var dont trop peu sont actifs. »
Samantha
Rouchard
(1) A la demande de
l’interviewée, le prénom a été changé.(2) Le rectorat de Nice n’a pas donné suite à notre demande d’entretien
Publié dans le Ravi num 102, Décembre 2012
