C’est l’été ! La saison
du glamour, celle où la Côte d’Azur brille de tous ses feux. L’occasion,
d’un retour à Monaco. Dans son discours d’intronisation, en 2005,
Albert II promettait un règne « plus moderne ». Six ans après, son
pouvoir reste… sans le moindre contre-pouvoir.
Monaco
est une monarchie héréditaire et constitutionnelle dont
le pouvoir exécutif relève de la Haute Autorité
du Prince. Petit hic, même si la plupart de ceux qui l’ont
approché s’accordent à dire qu’Albert est
un gars sympa, il n’est pas forcément le souverain rêvé.
Ce que Bernard Vatrican, pamphlétaire et trublion monégasque,
résume dans un entretien accordé à L’Indépendant
en juin dernier :
« On
aime beaucoup le prince sur le plan humain, on est un peu plus
sceptique sur ses compétences à gérer un pays.
C’est un héritier […]
et les enfants ne sont pas toujours à la hauteur des
parents ! »
Cinq
conseillers gouvernementaux et un ministre d’État, sorte
de François Fillon local, nommés par le prince, sont là
pour l’assister dans son règne. Un poste jusqu’ici
toujours attribué à de hauts fonctionnaires français,
mais depuis la révision de la Constitution, en 2002,
les Monégasques peuvent aussi y accéder. Et, dans ce
pays où la préférence nationale est monnaie
courante, la place fait des envieux. C’est le cas de Stéphane
Valeri, conseiller de gouvernement pour les affaires sociales et la
santé. « Le
pouvoir l’enivre plus que le reste et, pour l’obtenir, il
est prêt à tout »,
dit de lui Didier Laurens, dans Monaco :
un pays ensoleillé dirigé par un prince magnifique.
« Un
pays où le sens du respect rend les journalistes très
responsables »
Même
sur une carte postale, impossible de trouver une caricature du
prince :
« Nous
sommes un pays sérieux, mademoiselle ! »,
ironise un kiosquier du centre-ville. Il vend pourtant Le
Canard enchaîné et
Charlie
Hebdo. « Au
niveau de la presse internationale, il n’y a aucune
restriction »,
assure-t il. La presse locale semble moins bien lotie. Pour
Didier Laurens, ancien rédacteur en chef de Monaco Hebdo, viré
pour manque de déférence envers S.A.S.,
les journaux subissent un contrôle incessant du gouvernement.
Il dénonce « une
presse en liberté surveillée ».
Bernard Spindler, journaliste et président du Club de la
presse monégasque, parle plutôt « d’un
pays où le sens du respect rend les journalistes très
responsables ».
Sur
Monacohebdo.mc, il est courant de voir « interview
relue ».
Lorsqu’on en parle à Bernard Spindler et qu’on lui
demande par qui, il ironise :
« Dans
un premier temps, par le rédacteur en chef, j’espère !
Quoi qu’il en soit, relue ne signifie pas modifiée ! »
On ne communique pas à Monaco sans passer par le Centre
Presse, sorte d’organe de chargés de com, qui vous
transforment une question dérangeante en une réponse
merveilleuse et ne donnent pas suite aux sollicitations de mensuels
irrévérencieux comme le
Ravi.
Bernard Vatrican affirme :
« À
Monaco, réfléchir, c’est déjà
désobéir ! »
Ajoutez
à cela, des journaux qui appartiennent à des chefs
d’entreprise du BTP (comme Antonin Carlotti et Monaco
Hebdo) et
qui publient des articles soigneusement formatés. Saupoudrez
d’une ingérence en continu de l’État dans
les médias. Dégagez les journalistes insoumis. Et
naturalisez les plus déférents, comme Bernard Spindler,
pour lequel « il
n’y a aucun problème de liberté d’expression
à Monaco ».
Mélangez le tout, et vous obtiendrez :
la liberté de la presse version « sur
le Rocher » !
Un proverbe local résume bien la chose : « Qui
écoute et se tait, laisse le Monde en paix ! »
Samantha
Rouchard
Publié en juillet 2011 dans Le Ravi numéro 87-Dossier spécial Monacohttp://www.leravi.org/spip.php?article1320
