La maison du poète

Sur les hauteurs d’Achrafieh, à l’abri des regards, se trouve la demeure où séjourna le poète Alphonse de Lamartine, de septembre 1832 à avril 1833 et qui lui inspira une partie de son oeuvre Voyage en Orient, publié en 1835.

Non loin de la place Sassine, rue Mar Charbel, se trouve une des anciennes demeures du poète Alphonse de Lamartine (1790-1869). Quand il décide de venir au Liban, le poète est déjà très connu en France grâce au succès des Méditations poétiques. A l’époque, l’Orient et ses mystères fascinent les romantiques occidentaux, mais son voyage est aussi lié à sa croyance religieuse et à la tuberculose de sa fille Julia, pour qui le climat beyrouthin est recommandé.

En juillet 1832, il embarque alors à Marseille sur l'Alceste, et arrive à Beyrouth en septembre. Il séjournera dans cette demeure jusqu’en avril 1833, juste assez pour y voir mourir sa fille, le 2 décembre 1832. C’est la mort de trop, quinze ans après celle de la femme aimée, Julie Charles, dix ans après celle de son fils, Alphonse et trois ans après celle de sa mère, sa foi est chancelante. En 1835 il publie Voyage en Orient qui raconte, sous forme de carnet de voyage, son expérience libanaise, dont le poème, Gethsémani ou la mort de Julia, qui évoque sa révolte contre Dieu.

Des cinq demeures louées par le poète à Beyrouth, celle située sur les hauteurs d’Achrafieh est la seule encore debout. Elle abrite désormais une partie du foyer des sœurs Saint Antonines et accueille des jeunes filles de tout pays et de toutes religions. Il s’agissait en premier lieu d’une école israélite, mais les religieuses, installées là depuis 1950, ont toujours su que le poète y avait séjourné. A l’époque les demeures ne comportaient pas de fenêtres, et en hiver, pour écrire, Lamartine devait soit affronter le froid, soit fermer les volets et se contenter de la lumière de la bougie. Désormais une chambre et un chêne portent le nom du poète. Dissimulée par un grand portail, la maison est reconnaissable, depuis 1997, grâce à une plaque commémorative placée à l’entrée.
Extrait de Voyage en Orient : « La ville (de Beyrouth) occupe une gracieuse colline qui descend en pente douce vers la mer; quelques bras de terre ou de rochers s’avancent dans les flots et portent des fortifications turques de l’effet le plus pittoresque; la rade est fermée par une langue de terre qui défend la mer des vents d’est; toute cette langue de terre, ainsi que les collines environnantes sont couvertes de la plus riche végétation; les mûriers à soie sont plantés partout et élevés d’étage en étage sur des terrasses artificielles; les caroubiers à la sombre verdure et au dôme majestueux. Les figuiers, les platanes, les orangers, les grenadiers et une quantité d’autres arbres ou arbustes étrangers à nos climats, étendent sur toutes les parties du rivage, voisines de la mer, le voile harmonieux de leurs divers feuillages; plus loin, sur les premières pentes des montagnes, les forêts d’oliviers touchent le paysage de leur verdure grise et cendrée: à une lieue environ de la ville, les hautes montagnes des chaînes du Liban commencent à se dresser; elles y ouvrent des gorges profondes, où l’œil se perd dans les ténèbres du lointain; elles y versent de larges torrents, devenus des fleuves. »

Par Samantha Rouchard 

Publié en Septembre 2011 sur Liveachrafieh. com (Liban)
Cliquez sur le titre pour accéder au lien