Reportage au Conseil municipal de la Seyne-sur-Mer du 17/01/2013
13H50
« Y’a
pas le chauffage ici »,
note une femme dans le public. Les élus de tous bords arrivent
au compte-gouttes. Tout le monde se salue. La palme de la plus belle
accolade revient à deux adjoints PCF, Jean-Jacques Taurines,
délégué « littératures et
musiques » (Oui, oui c’est bien une délégation !)
malaxant généreusement le dos de Graziella Gaujac,
déléguée à la restauration scolaire. Marc
Vuillemot, premier magistrat à la moustache fringante, pose sa
veste sur le fauteuil central. L’élu d’opposition Marcel
Barbero (UMP-ancien PS) fait tomber sa doudoune bleu métallisé
et laisse apparaître un pull fuchsia du plus bel effet.
13H58
A
83 ans, l’ancien maire UMP, Arthur Paecht fait son entrée
doucement mais sûrement. La majorité vient le saluer
cordialement.
14H04
Le
public s’impatiente : « Faudrait
leur brancher le courant sinon ils ne vont jamais commencer ! »
14h10
Florence
Cyrulnik, adjointe au patrimoine et à la culture, mais aussi
« femme de », fait son entrée en toute
discrétion : en retard, chapeau et lunettes de soleil en
plein hiver. « Elle
est venue incognito ! »,
ironise-t-on dans le public.
14h12
Le
maire ouvre la séance. Les micros fonctionnent aussi bien que
le chauffage : « On
n’entend rien ! »,
hurle l’opposition. Marc Vuillemot propose une minute de silence en
la mémoire de l’ancien maire UDF-PR, Charles Scaglia, décédé
suite à un arrêt cardiaque, dont le premier mandat avait
vu la fermeture des chantiers navals en 1989. « Je
comprendrais que certains ne s’y associent pas »,
précise-t-il.
Christian Bianchi, adjoint de quartier, trench-coat et gomina, se
dirige vers la sortie d’un pas déterminé,
d’autres PCF le suivent.
14h17
Le
maire fait l’appel. « Y’en
a qui viennent plus, pourtant ils encaissent ! »,
lance une voix dans le public.
14H25
Fathi
Bousbih (UMP) demande la parole : « Je
rentre de Tunisie où j’ai eu la chance de rencontrer un
peuple qui se bat pour obtenir un espace démocratique. Et je
voulais juste vous dire le plaisir que j’ai à savourer
modestement cet espace-là pour eux, et j’espère
qu’ils y arriveront un jour. »
De timides applaudissements se font entendre du côté de
la majorité. « Je
crois que nous pouvons partager ce vœu »,
rajoute le maire.
14H30
Marc
Vuillemot signale un bug informatique qui permet aux élus de
prendre la parole sans que ce dernier la leur donne. « C’est
la vraie démocratie »,
plaisante-t-il.
14H33
Michel
Tournan, adjoint à « l’identité
provençale et occitane », non content d’arriver
en retard, papote. Il passera tout le conseil à se balader.
14H35
Barbero
pousse un coup de gueule : « On
se caille là ! ».
« Certains
ont l’air de dire que je suis rétif à engager les
dépenses pour le chauffage avant le vote du budget ! »,
ironise le maire.
14H42
Florence
Cyrulnik prend la parole sur le budget prévisionnel de la
rénovation de l’habitat. « Je
ne suis pas prête, je cherche la pochette »,
s’excuse-t-elle
la tête dans les papiers. Et le maire de la déstresser :
« Prenez
votre temps Florence, prenez votre temps. »
Dans le public un couple s’entraîne à prononcer
son nom : « Cyrnulik,
Cynrulik… ».
Raphaëlle Leguen, première adjointe vote et s’en
va.
15H00
Florence
Cyrulnik poursuit sur le partenariat avec le Théâtre
Europe, qui a fait de la Seyne le douzième pôle cirque
en France. Barbero lance une pique : « J’aurais
cru que madame Sampéré et monsieur Pentagrossa [ndlr :
élus PCF]
auraient rappelé que c’est grâce à Maurice
Paul [ndlr :
ancien maire PCF de 1995 à 2001]
que nous avons ce pôle cirque. »
Et de rajouter en plaisantant « vous
voyez que je suis un garçon fidèle et tolérant ! ».
Mais Marc Vuillemot de lui rappeler son passé de gauche avec
humour : « c’est
la moindre des choses vous étiez à une époque
[ndlr : en 1989] deuxième sur sa liste ! ».
La salle explose de rire.
15H06
« J’étais
hier soir auprès d’Aurélie Filipetti…
enfin je veux dire dans son ministère ! »,
précise
le maire.
Le
premier magistrat aurait évoqué entre autre le Théâtre
Liberté en attente de son label Scène nationale. Dans
le public on compare l’exil de Depardieu avec celui éventuel
de Charles Berling : « le
premier le dit plus ouvertement, mais tout le monde a compris ! »
15H25
Le
débat porte sur la création d’un poste de
puéricultrice non titulaire. « La
rigueur pour les uns, la non rigueur pour les autres »,
note Barbero. C’est au tour du logiciel de votes de « bugger »…
« J’ai
voté oui pourtant ! »,
hurle Barbero. La salle est hilare.
15H33
Délibération
sur le marché de fournitures pour les bâtiments
communaux. « On
va vite la voter comme ça on pourra faire fonctionner la
clim ! »,
s’amuse Marc Vuillemot.
15H42
Sujet
qui passionne les foules : la dépigeonnisation !
L’adjoint « bouquin et pipot » signale de
nombreuses fientes de pigeons à l’entrée de
l’école des beaux-arts. Christine Sampéré
(PCF), adjointe à l’enseignement, qui s’était
vue retirer sa délégation par le maire pour s’être
abstenue lors du vote du budget en 2011, s’interroge sur la
dangerosité des produits utilisés pour éliminer
les volatiles. Le public propose soit de les envoyer en Russie, soit
de les bouffer ! Nadjat Benzohra (UMP) désillusionne le
débat : « Ce
qui se passe c’est qu’on les capture puis on les relâche
dans les autres villes pour les désorienter, et les autres
villes font pareil ! ».
15H54
Alors
qu’on parle d’urbanisme, Martial Leroy, adjoint de
quartier s’excuse : « J’ai
oublié de voter mais j’ai voté oui pour les
pigeons. »
Et le maire de le taquiner : « Comme
vous êtes en charge du centre-ville, c’est mieux ! »
[rires]
16H10
Barbero,
au nom de la minorité, propose une motion de soutien au
gouvernement pour son intervention militaire au Mali. Plusieurs élus
communistes s’y opposent : Philippe Mignoni, 2ème
adjoint, préfère attendre un débat au
Parlement ; Christine Sampéré estime que le
conseil municipal n’a pas été informé de
cette motion dans les temps règlementaires.
16H40
Mignoni
s’enflamme et évoque le Qatar, puis Poutine qu’il
prononce « Pouting », ce qui fait marrer
Cyrulnik.
16H50
Par
respect du règlement, le maire choisit de ne pas faire voter
la motion mais de convoquer dans la semaine les représentants
des différents groupes.
17H00
« Vous
imaginez déjà les titres dans la presse : « Le
conseil municipal de la Seyne refuse d’accorder son soutien au
gouvernement français ! », fait
remarquer Arthur Paecht. Fathi Bousbih me lance un regard. « Oui
j’y ai réfléchi, c’est pour ça que
j’ai formulé cette proposition », précise
le maire.
17H03
Brouhaha
dans la salle. « Je
voudrais pouvoir conclure ! »,
hurle le maire pour se faire entendre. Le débat se termine
sous les applaudissements et les rires.
Samantha
Rouchard
La Seyne-sur-Mer (83)
62 285 habitants (2012)3 fleurs « villes et villages fleuris »
10 caméras de vidéosurveillance (depuis fin 2012)
19 % de logements sociaux
25,18 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012
Le maire : Marc Vuillemot (PS) depuis 2008. 55 ans. Enseignant spécialisé.
La majorité : 36 conseillers de la liste « La Seyne dans le bon sens », gauche unie (PS, EELV, PCF, MRC, Partit Occitan, le parti Radical)
L’opposition : 12 conseillers de la liste « Mon énergie c’est votre confiance », menée par Arthur Paecht (UMP) et réunis depuis sous l’étiquette « UMP, Nouveau centre et apparentés » (Sauf Christian Battle)
Le conseil municipal soumis au test du Ravi
Durée : 2H51
Présents : 33 élus de la majorité, 5 élus de l’opposition
Temps de parole cumulé de l’opposition : 1 heure
Le public : 10 au départ, 1 à la fin
Article publié dans le Ravi num 104, Février 2013