Un tableau blanc situé à l’avant-scène annonce le ton : « Qu’est-ce
que le bon goût ? ». Pierre- Emmanuel Barré fait son entrée dans un
costume foncé, un look « jeune cadre dynamique », plutôt classe, une
impression qui s’estompe dès qu’il ouvre la bouche. Comme pour faire
admettre que le sale con peut prendre tous les visages. « Si vous
quittez la salle dans les cinq premières minutes, on vous rembourse ! »,
prévient-il. Et il enchaîne, à commencer par son amour des petits
enfants : « Tu peux pas arriver tout nu sur scène et violer un enfant
juste pour faire rire les gens […] c’est pas assez théâtral, sauf si
l’enfant se débat ! Moi-même avant ma castration chimique j’avais
interdiction de stationner dans un rayon de cent mètres autour des
écoles… non j’déconne j’suis pas castré !». Les cinq minutes passent et
tout le monde reste assis. Pourtant, Pierre-Emmanuel Barré n’épargne
rien ni personne et si l’objet du rire réside toujours dans l’humain, le
comédien va chercher les extrêmes : les gros, les handicapés, les
religions, l’herpès génital, les anorexiques, la pédophilie …
Dépassé le fameux sketch de Patrick Timsit sur les trisomiques, «
tout est bon sauf la tête», qui avait choqué à l’époque, treize ans
après, Pierre-Emmanuel Barré fait pire et tape un grand coup sur le
politiquement correct. Celui qui paie sa place est prévenu :
Pierre-Emmanuel Barré est un sale con. Le personnage s’en explique : «
Je ne voulais pas prendre le spectateur en traitre, car «
Pierre-Emmanuel chante la vie » ça n’attire pas le même public !». Des
propos « borderline » qui font penser à ces bonbons qui vous agressent
les papilles par leur acidité, mais que l’on mange quand même jusqu’à
finir le paquet : c’est pas bon et c’est pour ça que c’est bon !
Pour la forme, on a d’abord mauvaise conscience, puis la gêne
disparaît pour laisser place aux éclats de rire pendant plus d’une
heure. Le succès tient au talent du comédien (ancien élève du cours
Florent qui est passé aussi par le Jamel Comedy club), à cet air détaché
qu’il prend pour laisser sortir les propos les plus atroces, mais
surtout à l’efficacité de l’écriture : toujours le bon mot qui fait
mouche, la chute ni trop tardive, ni trop attendue, le rythme surtout
qui permet au spectateur de tenir sur la longueur, et enfin des sujets
qui s’enchaînent à la perfection. Un vrai talent d’autant plus
appréciable que depuis quelques temps la télévision nous abreuve de
comiques en tout genre. Pierre-Emmanuel Barré sort du lot et fait le
pari de faire rire de tout. Son spectacle est un réel exutoire pour le
commun des mortels que nous sommes qui évolue dans une société de plus
en plus bien pensante, où chaque écart de langage attire les foudres.
Au final, on se fiche bien de savoir où est le bon goût, car dans
l’humour, c’est le mauvais qui importe. Loin des jugements, car chacun
est venu en connaissance de cause, Pierre-Emmanuel Barré révèle le sale
con qui sommeille en chacun de nous, et hormis les « non-équipés » en
second degrés, les autres apprécieront !
Pierre-Emmanuel Barré est un sale con- Auteur et comédien :
Pierre-Emmanuel Barré – Mise en scène : Thibaud Evrard- Production :
Yescommon-Durée : 1h07-Festival OFF d’Avignon. Jusqu’au 28 juillet à 17
h-Le Capitole-Salle 4- Tarifs : 17euros / 12 euros /Gratuit pour toute
personne présentant une ressemblance flagrante avec Michel Petrucciani.
Par Samantha Rouchard
Publié sur La Revue marseillaise du théâtre en juillet 2012
http://rmtnews.wordpress.com/2012/07/24/pierre-emmanuel-barre-est-un-sale-con/