Mieux vaut prévenir que guérir… sauf pour l’Etat. Il se fait prier pour renouveler son aide aux Plannings familiaux et aux structures d’accueil et d’écoute auprès des jeunes. Par souci de rigueur budgétaire mais aussi par mépris vis-à-vis de l’éducation à la sexualité, par hostilité aux centres d’information sur la contraception et l’IVG. Et par indifférence face à l’exclusion d’une partie de la jeunesse.
« L’Etat
se désengage de plus en plus, sans états d’âme
du champ de la prévention et de l’éducation »,
constate André Castelli (PCF), vice-président du
Conseil général du Vaucluse en charge des politiques
sociales. Diverses structures associatives en font amèrement
l’expérience depuis ce début d’année.
C’est le cas des 220 Etablissements d’information, de
consultation ou de conseil familial (EICCF) qui remplissent plusieurs
missions de service public comme l’entretien pré-IVG ou
encore l’information et la prévention autour de
l’éducation à la sexualité, dont un tiers
sont gérés par le Mouvement français du planning
familial (1) (MFPF). Des structures qui ont eu la désagréable
surprise de voir leur financement amputé de 500 000
euros sur les 2,6 millions versés annuellement :
« Quand
on s’est aperçu que la somme manquait alors qu’elle
avait été votée dans le budget 2012, on est de
suite monté au créneau »,
assure Geneviève Couraud, membre du bureau confédéral
du Mouvement français pour le planning familial et présidente
de l’Observatoire du droit des femmes et de l’égalité
des chances du CG13. Elle se souvient qu’en 2009 lorsque l’Etat
avait voulu baisser leurs subventions de 42 %,
la mobilisation avait été si forte que le gouvernement
avait dû faire marche arrière (2) :
« Nous
avions recueilli 150 000
signatures en 15 jours, soit 10 000
par jour, j’ai même cru qu’on avait piraté
le serveur ! »,
précise cette féministe de la première heure.
Rien
à foutre des femmes
Une
nouvelle mobilisation a dû effrayer le gouvernement puisque
Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion
Sociale a accepté une rencontre avec le MFPF le 10 avril
dernier. « Elle
s’est engagée à verser les 500 000
euros manquants avant de quitter son poste et en les prenant sur son
propre ministère »,
précise Jeannine Langleur, directrice du Planning familial
d’Avignon et qui a participé à la rencontre en
tant que membre du bureau confédéral du MFPF chargée
du dossier. Depuis 2009, l’Acsé (3),
contrainte par le protocole Hortefeux, avait la charge de verser les
500 000
euros aux EICCF dans le cadre de la politique de la ville. Cette
dernière constatant la fin du protocole, a coupé le
robinet. D’où le couac de cette année et
l’obligation pour Roselyne Bachelot de les prendre dans son
propre ministère. Le communiqué de presse de la
ministre sur le sujet présente la reconduite de la subvention
comme un « effort
financier »
précédé de « malgré
une crise sans précédent ».
Des termes qui font bondir Gaëlle Lenfant (PS),
Vice-présidente du Conseil régional chargée de
la Solidarité, de la Prévention, de la Sécurité
et de la Lutte contre les discriminations :
« Cette
somme leur est due, c’est la loi (4) !
Tout ce que ces structures obtiennent c’est à force de
pression, c’est pas l’Etat qui le donne gracieusement,
comme Roselyne Bachelot le laisse supposer. »
Le
communiqué de presse évoque aussi « une
subvention complémentaire de 263 000
euros du ministère pour la promotion des droits des femmes ».
Jeannine Langleur rigole :
« On
appelle ça une stratégie de com de la part du
ministère ;
Hortefeux en 2009 nous avait fait le même coup. Cette somme
comprend un financement sur une action spécifique et un
financement
« tête
de réseau »
c’est-à-dire
une aide au fonctionnement de la confédération
nationale et dont diverses associations bénéficient.
Mais les ministères aiment bien mettre cette somme en avant
pour dire
« Voyez
comme on est bon ! »
alors que ça
n’a rien d’exceptionnel puisqu’on la touche tous
les ans ! »
Reste
à régler le problème du versement. « En
2009, il devait y avoir des consignes adressées aux préfets
pour que l’engagement pris soit répercuté sur les
structures départementales,
précise Jeannine Langleur. Ce
qui n’a pas été fait et donc chaque année
on doit se battre avec les préfectures pour que le protocole
soit respecté. J’ai demandé à Roselyne
Bachelot de faire le nécessaire mais à mon avis les
versements n’auront pas lieu avant septembre-octobre. »
Un délai qui pour certaines structures très fragiles
peut avoir de lourdes conséquences. C’est le cas du
Planning familial de Nice :
« Nous
avons une vingtaine de bénévoles et moi comme seule
salariée en contrat aidé, mais qui se termine à
la fin du mois. Sans la subvention versée par l’Etat, on
n’aurait pas d’autre solution que de fermer »,
avoue Claire Moracchini, salariée de la structure qui, si
petite soit-elle, a permis à 1105 personnes de s’informer
en 2011.
Pour
Joël Canapa (PRG-PS), conseiller régional varois, qui
soutenait déjà les plannings en 2009, le désengagement
de l’Etat n’est pas anodin :
« C’est
un retour à l’obscurantisme. Ce qu’on n’a
pas réussi à obtenir par le débat public comme
interdire l’IVG, on essaye de l’obtenir par des moyens
détournés, en coupant les subventions. Ça fait
des années que les plannings familiaux sont en difficulté.
Ces combats-là ne sont jamais terminés. »
Pas
grand-chose à faire des jeunes
D’autres
structures de prévention et d’information sont aussi
touchées de plein fouet par les baisses de subventions, il
s’agit des Points accueil écoute jeunes (PAEJ) et des
Espaces Santé Jeunes (ESJ) qui voient leurs financements
passer de 9,7 millions en 2009 à 5 millions d’euros en
2012 au niveau national. Ils touchent environ 50 000
jeunes de 10 à 25 ans en Paca. Au total, plus d’une
vingtaine de sites régionaux sont concernés. « En
fait, on est déshabillés pour habiller d’autres
structures alors que notre financement est vraiment infime par
rapport à l’enveloppe globale qui est allouée à
la grande exclusion et à la prévention. La DDCS (5)
reverse alors les sommes aux actions qu’elle privilégie.
Et ce qui est mis en avant, c’est la grande exclusion »,
indique Peggy Perillat, coordinatrice de la Fédération
des Espaces Santé Jeunes qui organisait le 19 avril à
Marseille une marche funèbre avec dépôt de gerbe
à la Préfecture. Dans le Vaucluse seulement une
structure sur trois sera maintenue alors que dans les
Bouches-du-Rhône aucune subvention ne sera versée. « La
question va se poser en fin d’année, à savoir si
on peut rester ouvert ou pas »,
s’inquiète Sabrina Saïad, coordinatrice du PAEJ
d’Aix qui a déjà reçu le courrier officiel
de la DDCS l’informant qu’ils ne toucheraient rien.
La
Direction régionale a fait une demande de rallonge, pour
l’instant en suspend. « De
toute façon, l’Etat a mis en œuvre un ensemble de
politiques qui modifie les formes, une stratégie qui fait en
sorte qu’on ne finance plus la structure mais des thématiques
bien précises via des appels à projet »,
note Hervé Naccache, directeur du PAEJ de La Seyne-sur-Mer
(83), qui ne sait pas encore à quelle sauce sa structure sera
mangée. Il constate quand même que « la
prévention ne coûte vraiment rien face à une
prise en charge sanitaire ».
Ce que souhaite la fédération avant tout, c’est
d’être sur une ligne budgétaire cohérente
et non plus perdue dans la masse de la grande exclusion :
« Depuis
plusieurs années, on se bat pour qu’il y ait une
véritable politique de jeunesse qui soit interministérielle.
Quelle forme cela prendra ?
On verra après les élections »,
espère Peggy Perillat.
Problème
réel de finance publique ?
Ou volonté de nuire aux actions de préventions ?
Pour Jeannine Langleur, le souci est ailleurs :
« L’important,
c’est que tout un chacun puisse avoir les outils lui permettant
de devenir autonome et de faire ses propres choix. Alors c’est
vrai que dans cette société un peu aseptisée, on
doit déranger beaucoup car c’est aussi une éducation
à la citoyenneté. C’est en faire des citoyens
responsables. Donc qui dit citoyen responsable, dit individu qui peut
porter un regard critique. Et pour les gouvernants, moins le peuple
bouge, mieux c’est ! »
Samantha
Rouchard
(1) Les deux tiers restants sont des associations comme l’EPE, CLER Amour et famille (tendance catho), l’ENCEF, etc.
(2) C’est le Protocole Hortefeux signé le 11 mars 2009 entre les ministres chargés de la Solidarité et de la Santé et le MFPF qui engageait l’Etat pendant 3 ans à verser la somme de 2,6 millions d’euros au planning familial (2,1 millions sur action en faveur des familles vulnérables et 0,5 millions pour des actions menées dans les quartiers prioritaires relevant de la politique de la ville).
(3) L’Action nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances n’a pas répondu à notre demande d’interview
(4) Loi Neuwirth de 1967
(5) La direction départementale de la cohésion sociale n’a pas donné suite à notre demande d’interview
(2) C’est le Protocole Hortefeux signé le 11 mars 2009 entre les ministres chargés de la Solidarité et de la Santé et le MFPF qui engageait l’Etat pendant 3 ans à verser la somme de 2,6 millions d’euros au planning familial (2,1 millions sur action en faveur des familles vulnérables et 0,5 millions pour des actions menées dans les quartiers prioritaires relevant de la politique de la ville).
(3) L’Action nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances n’a pas répondu à notre demande d’interview
(4) Loi Neuwirth de 1967
(5) La direction départementale de la cohésion sociale n’a pas donné suite à notre demande d’interview

