« Les adoptés », Mélanie Laurent fait son cinéma


Durée 1h40
Réalisation : Mélanie Laurent / Scénario : Mélanie Laurent, Morgan Perez, Chris Deslandes
Interprètes : Marie Denarnaud, Mélanie Laurent, Denis Ménochet, Clémentine Célarié, Audrey Lamy, Théodore Maquet-Foucher
Sortie nationale le 23 novembre 2011


« Les adoptés » est le premier long-métrage de Mélanie Laurent en tant que réalisatrice. Le film était présenté en avant-première le 27 octobre dernier au cinéma Le Renoir d’Aix-en-Provence, en présence de Mélanie Laurent et de son interprète principale Marie Denarnaud.

 « C’est une pure fiction, ce n’est pas un film personnel », tient à préciser la réalisatrice. Ce film, tout droit sorti de son imagination, raconte l’histoire d’une famille de femmes malmenées par la vie mais qui veillent les unes sur les autres et s’en sortent plutôt bien. Marine (Marie Denarnaud), l’héroïne,  Lisa (Mélanie Laurent), la sœur complice et Milly (Clémentine Célarié), la mère alcoolique forment ce cocon féminin dont les hommes semblent exclus. Jusqu’au jour où Marine tombe amoureuse d’Alex (Denis Ménochet), un bonheur fugace qui augure déjà la perte, et lorsque celle-ci tombe dans le coma, la place de chacun est à réinventer…


Un bon rythme
Le film est divisé en trois parties. La première assez longue est consacrée au personnage de Marine, un temps nécessaire qui permet à l’héroïne de s’installer dans les mémoires et de devenir  un personnage attachant : « Je voulais que  Marine, qui tombe dans le coma, manque au spectateur, pour qu’il comprenne pourquoi elle manque autant à sa sœur et à son mec », indique Mélanie Laurent. La première partie prend fin sur un gros plan de l’héroïne souriante et solaire qui traverse la rue et se fait renverser. Puis l’image se brouille comme si les larmes envahissaient le cadre, les paroles deviennent inaudibles et se transforment en larsen. La deuxième partie est celle de Lisa, la sœur complice, presque siamoise, mère célibataire qui passe à côté de sa vie. La troisième est consacrée à Alex, l’homme qui vient bousculer ce monde de femmes : « Son apparence donne l’impression qu’il est fort, et je voulais en jouer tout en allant chercher sa délicatesse », note la réalisatrice.  Un découpage sur lequel vient s’en greffer un autre, la vie avant le drame et celle après le drame, le quotidien avec Marine et celui de l’attente d’un (im)possible réveil. Le pari de Mélanie Laurent, dans le choix de son héroïne, est réussi : Marine nous manque. « Marie apporte quelque chose de réel et de profond au personnage. Elle a été au-delà de ce que je lui demandais, elle a amené des sourires que je n’avais pas prévus. Je voulais qu’elle soit mon héroïne, qu’elle incarne l’amour, parce qu’elle porte cela en elle. Quand je vois le film, je me dis que si ce n’est pas Marie qui joue ce rôle, alors il ne fonctionne
pas ». 


Une esthétique à couper le souffle
Une vraie déclaration d’amour à son héroïne que la réalisatrice sublime par une esthétique de l’image très aboutie et digne des plus grands, comme Wong Kar-Wai dans In the Mood for love ou My blueberry nights. Les profondeurs de champ, la lumière, les contre-jours, le choix des angles, le souci du détail, etc. Rien ne semble laissé au hasard : « en écrivant, je pense déjà au film abouti », précise la réalisatrice. De même sa façon de filmer la scène d’amour rappelle celle d’Alexis Dos Santos dans London nights, la lumière caresse les personnages et offre une chorégraphie sensuelle : « Denis et moi étions comme deux danseurs à son service », indique Marie Denarnaud.  Les comparaisons peuvent sembler osées pour un premier film, mais sont largement méritées.
Celle qui voulait faire « une comédie romantique à l’anglaise » à dépassé largement son idée première. Mélanie Laurent  a su donner de la profondeur à ses personnages, même à ses seconds rôles (Clémentine Célarié et Audrey Lamy). Les dialogues sont pertinents et  les mots bien choisis. Le scénario qui aurait pu être d’une grande banalité est mis en valeur par son rythme, mais aussi par la justesse des comédiens. Le cinéma français devra désormais compter avec  la nouvelle casquette de Mélanie Laurent, celle de réalisatrice. Et une chose est sûre, ce nouveau couvre-chef lui sied à merveille.

 Par Samantha Rouchard


Publié en novembre 2011 sur La Revue marseillaise du théâtre.com
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