INTERVIEW
Rencontre avec Alain Charron, Conservateur en chef du Musée départemental - Arles antique (MDAA) à l’occasion de son expédition, en décembre dernier, dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).
Dans quel cadre a eu lieu cette expédition ?
| Alain Charron-Photo DR |
Je suis parti à la demande du Préfet des Terres Australes et Antarctiques Françaises*, Christian Gaudin [ndlr : sénateur angevin nommé en octobre 2010]. C’était ma première mission là-bas. Le préfet souhaitait que le site de Port-Jeanne-d’Arc, aux Kerguelen, soit étudié et le patrimoine des TAAF, notamment celui découvert lors de fouilles archéologiques précédentes, soit mis en valeur. Notre institution, qui commence à avoir une certaine renommée, est de plus en plus souvent appelée pour des expertises.
Quelle partie des TAAF devait être étudiée?
Pour l’instant, les prospections ont eu lieu dans l'archipel des Crozet, dans l'archipel des Kerguelen et sur les îles Saint-Paul et Amsterdam où nous sommes restés respectivement 3 jours, 5 jours et 3 jours sur place, soumis aux horaires de passage du Marion Dufresne, le bateau qui parcourt en vingt-six jours, les 8500 kilomètres depuis la Réunion.
En quoi consistait votre travail sur place ?
Nous étions six à partir, dont deux géomètres, la première étape consistait à faire des relevés laser très précis de la station baleinière de Port-Jeanne-d’Arc [ndlr : la seule construite sur le sol français en 1906], au centimètre près, sur 1 ou 2 hectares. Nous avons, maintenant plus de 30 heures de relevés à travailler et quand ce sera fait, on pourra se promener dans cette station baleinière, la seule sur le territoire français, de façon virtuelle, comme à l’époque, en passant du bâtiment de direction à la forge ou des autoclaves (où la chair était cuite pour récupérer l’huile), aux dortoirs. Un restaurateur, Jacques Rebière, responsable du Centre de restauration de Draguignan et de la mission devait évaluer les travaux à réaliser pour sauver le patrimoine. Pour ma part, je devais reconnaître ce patrimoine présent sur les territoires afin de faire des préconisations pour sa conservation et sa mise à disposition auprès du public, dans un musée qui reste à concevoir.
C’est un patrimoine important qui va être révélé ?
C’est une archéologie très récente, au plus tôt du début du 19ème, mais particulièrement intéressante car elle va nous donner d’importantes informations sur les professionnels de la pêche à la baleine et à l’éléphant de mer de l’époque, qui souvent abandonnaient leurs installations et une part de leur matériel sur place. Ce sont des tranches de vie qui vont être mises à jour. On espère aussi obtenir des éléments qui pourront nous éclairer sur les nombreux naufragés qu’il y a eu sur ces îles. Ce sera intéressant de comprendre comment ces êtres humains arrivaient à s’organiser, parfois en microsociété comme à Tromelin, et ont pu vivre sur ces terres où aucun arbuste ne pousse, où il n’existe pas d’autres animaux que les oiseaux et les animaux marins. Sans parler du climat qui est très rude, avec de la neige en été et un vent très fort qui détruit tout sur son passage comme aux Kerguelen.
Quelle sera la suite de vos prospections dans les TAAF ?
Dans un premier temps je dois rendre un pré-rapport et revoir le préfet pour établir les pistes qui pourront être suivies. Mais il y a un énorme travail d’archives à faire car toute la documentation concernant Port-Jeanne-d’Arc, pour des raisons de droits cédés, se trouve en Afrique du Sud. Par la suite, nous nous intéresserons, je l’espère, aux îles éparses autour de Madagascar et plus précisément à l’île Tromelin où en 1761, le navire l’Utile a échoué. Ce bateau avait a son bord une soixantaine d’esclaves qui a du cohabiter avec les blancs sur cette île et qui a aidé à la construction d’une chaloupe, sur laquelle faute de place, les esclaves n’ont pas été embarqués. Ils ont du attendre 15 ans avant qu’on vienne les récupérer. Il ne restait alors que 8 survivants, 7 femmes et un enfant. Irène Frain en a fait un livre « Les naufragés de l’île Tromelin » et l’archéologue, Max Guérout a entrepris des fouilles.
Vous êtes égyptologue de formation pourquoi avoir accepté cette mission en Terres Australes?
Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un patrimoine jamais mis en valeur et qu’il me semblait très intéressant d’y participer. Et ensuite, parce que c’est un des endroits les plus perdus au monde ! Les trois districts austraux sont situés à 13 000 km de la métropole et à 3 000 km de la Réunion, entre les 40èmes rugissants et les 50èmes hurlants. C’était un rêve d’enfant, tout simplement!
*Territoire d'outre-mer doté de l'autonomie administrative et financière, les TAAF sont formés par les îles Saint-Paul et Amsterdam, l'archipel de Crozet, l'archipel des Kerguelen, la Terre Adélie et les îles éparses : Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India dans le canal du Mozambique et Tromelin au nord de la Réunion.
Propos recueillis par Samantha Rouchard
Publié en février 2011 sur le site Culture13.fr
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