Michel Jonasz incarne Abraham, son grand-père juif polonais déporté et mort à Auschwitz.Entre théâtre, chant et musiques tziganes, il nous fait partager l'histoire de son aïeul, prisonnier des camps nazis. 1h30 de poésie et d’humour, les vendredi 11 et samedi 12 février au Théâtre Toursky.
« Aucune vie ne ressemble à une autre, chacune à sa propre musique…», même celle des petites gens, celle de ceux, morts, dans les camps de concentration dont les noms ne sont inscrits nulle part, pas même sur le mémorial de la Shoa. Abraham est de ces êtres là, épicier hongrois, amoureux de Rosèle et père de sept enfants, il est déporté en Pologne et meurt à Auschwitz. Un banc, rien de plus comme élément de décor, Michel Jonasz n’a besoin que de sa voix, de la poésie de ses textes chantés ou parlés et du lyrisme de la musique tzigane pour nous conter Abraham, ce grand-père juif polonais qu’il n’a pas connu mais que le théâtre fait revivre. Une moustache, un costume trop grand et cet aïeul est sous nos yeux. Dans la file pour aller aux douches, il se remémore les moments heureux, fauchés en plein élan par la barbarie des hommes, alors que le dernier de ses enfants n’est pas encore né.
Le spectateur oscille entre le rire (humour Yiddish), comme des épiphanies au milieu de l’horreur, et les larmes, comme autant d’incompréhensions et de colère face à l'insoutenable.
Michel Jonasz accomplit son devoir de mémoire, mais pas seulement, en faisant de son grand-père un être de mots, il lui permet de ne pas tomber, totalement, dans l’oubli. Légitimé par le pouvoir de l’art, Abraham passe alors, de l’anonymat, à la postérité.
Par Samantha Rouchard
Publié en Février 2011 sur le site Culture13.fr
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